Isigny Ste-Mère : Arnaud Fossey élu président
Jean Schmit a annoncé officiellement son départ vendredi dernier, lors de l’assemblée générale. La jeune génération monte au créneau dans un contexte volatil, malgré les bons résultats 2014.

Jean Schmit, 64 ans, discret mais efficace président d’Isigny Ste-Mère, passe le relais à Arnaud Fossey, 44 ans, installé dans la Manche (St-Georges de Bohon). Une passation qui s’effectue dans un double contexte : abandon des quotas et renforcement de la production de poudres. Arnaud Fossey, suite au renouvellement du conseil d’administration est entouré de Patrick Énée (1er vice-président), Jean-François Milet (2e vice-président), Pierre Aubril (secrétaire)et Christophe Mauger (trésorier).
En 2014, ce sont 9 % de collecte supplémentaire qui ont été enregistrés, soit 209 millions de litres. Pas de doute, Isigny Ste-Mère surfe sur les poudres de lait, notamment infantiles. Son partenariat avec l’asiatique Biostime porte ses fruits. Isigny investit dans une nouvelle unité qui devrait être inaugurée les 22 et 23 mai prochains. “Le coût final de ce projet se situera entre 60 et 65 millions d’euros, dont 70 % de financement venant directement de la coop”. Qui dit nouveau site implique du personnel. “80 personnes sont déjà embauchées sur la centaine nécessaire pour le fonctionnement de notre seconde unité, appelé plus simplement U2”. La montée en puissance s’effectuera doucement mais sûrement par tranches de 10 000 t tous les ans jusqu’en 2017. “Notre objectif reste toujours le même, souligne Daniel Delahaye, directeur de la structure, améliorer la valeur ajoutée de notre lait écrémé et assurer les débouchés des coopérateurs”.
2015 problématique
Si depuis plusieurs décennies, Isigny Ste-Mère jouait résolument la carte des AOP (beurre, crèmes, fromages), c’est bel et bien la poudre industrielle qui aujourd’hui constitue la pierre de voute de l’entreprise. Jean Schmit et Daniel Delahaye l’avouent aisément, “notre principale difficulté vient du marché des fromages à pâtes molles. Les prix de vente ne suivent pas un prix du lait à la hausse. C’est clair, nous faisons très peu de marge sur cette production”. Les beurres, crème, fromages représentent encore 44 % des fabrications, mais la poudre monte toujours et encore en puissance.
Reste que ces poudres de lait jouent parfois au yoyo suivant la conjoncture. Le premier semestre 2014 a confirmé les bons pronostics 2013. L’embargo russe et une baisse mondiale en la matière ont provoqué une chute rapide des cours sur la fin du second semestre. Les poudres infantiles, face à un dumping de la concurrence, n’ont pas été épargnées. 2015 devrait être plus tendu. Reste que la coop a de bonnes réserves financières. Le chiffre d’affaires est en hausse de 10 % (288 millions d’euros, dont 49 % à l’export) ; le résultat net grimpe de 15 %. “Il nous faut désormais gérer l’après-quotas, d’où la nécessité de nos investissements”.
Les producteurs, eux, ont eu la possibilité de produire jusqu’à 120 % de leur référence l’année dernière. “L’augmentation de la production a d’ailleurs été favorisée par de bonnes conditions climatiques. La moyenne par ferme s’établit à 421 980 litres. 433 fermes sur 459 sont certifiées Agriconfiance”. Un bémol sur cette production, “en dix ans, nous avons perdu 10 grammes de matière grasse par litre. La génétique et l’alimentation semblent en cause. L’idéal serait de remonter sur ce critère”.
Isigny Ste-Mère a donc toujours le vent en poupe. Le conseil d’administration mise sur un fait établi : 9 milliards d’humains veulent encore et toujours plus de lait. “Notre métier est donc résolument durable, malgré les éventuels aléas”. L’assemblée générale, elle, s’est terminée sur une note festive, la remise des insignes de chevalier du Mérite Agricole à Jean Schmit.