Débat
Adapter les instruments de la Pac aux réalités des marchés agricoles
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L’avenir de la Pac est au coeur de toutes les préoccupations. Les autorités nationales ont invité chaque département à réagir sur le sujet. Et la chambre d’Agriculture a ouvert le débat.

Présentation des quatre axes et débat avec l’assemblée élue de la chambre d’Agriculture.
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LB / L'Eure agricole
Le débat sur le bilan de santé de la Pac a donc été lancé par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Et les départements étaient appelés àréagir sur un certain nombre de propositions entre le 30 janvier et le 11 février. L’objectif de cette démarche est d’adapter les instruments de la Pac aux réalités des marchés agricoles, de plus en plus volatiles. Il s’agit également de préserver au-delà de 2013 le soutien à l’agriculture en améliorant sa lisibilité et sa légitimité. Les priorités mises en débat portent sur quatre axes bien définis.
Le premier concerne le renouvellement des instruments communautaires de gestion des marchés. Quelles sont les adaptations nécessaires ? Faut-il développer, et comment, des outils de gestion des risques climatiques et sanitaires ? Que doit être le degré de responsabilité pour les filières ?
Le second est relatif à la consolidation des bassins de production les plus fragilisés par les évolutions de la Pac.
Le troisième s’intéresse à la complémentarité entre le premier et le second pilier, avec l’objectif de limiter les transferts.
Le quatrième enfin vise à la préservation dans la durée du soutien à l’agriculture, en anticipant les évolutions prévisibles de 2013.
C’est sur ces bases que les élus de la chambre d’Agriculture de l’Eure se sont réunis, vendredi en session extraordinaire, pour définir ensemble les positions à tenir.
Conserver un minimum d’outils
“La chambre d’Agriculture souhaite qu’un minimum d’outils des marchés soient conservés. Il faut limiter, pour les agriculteurs mais aussi pour le consommateur, les trop grandes fluctuations de prix” explique d’entrée Emmanuel Join-lambert, le président de la chambre avant d’évoquer l’avenir des jachères...“Face à la demande mondiale, elles n’ont plus lieu d’être. Mais il demeure essentiel de conserver des surfaces en herbe. Notamment d’un point de vue environnemental”.
La question des quotas - que l’Europe envisage de faire disparaitre - est centrale pour le département. “Ces quotas ont permis de garder une production laitière dans l’Eure et d’assurer un revenu aux jeunes installés. Si l’Europe souhaite leur suppression, il sera essentiel d’organiser une contractualisation entre les producteurs et l’aval”.
Autre piste que la chambre d’Agriculture veut défendre : le développement de systèmes d’assurances, à la fois sur les risques climatiques, sanitaires et de revenus. Emmanuel Join-Lambert précise “qu’ il est primordial que ces assurances soient gérées par des assureurs privés. C’est à cette seule condition que nous pourrons garantir la bonne attribution de ces fonds !”
Consolider
les bassins de production
Parmi les autres sujets sur lesquels les élus de la Chambre ont planché, c’est celui de l’avenir des outils de productions et de transformation. Explication. “Il faut maintenir les aides à la transformation du lin, de la luzerne et de la fécule. Ces cultures représentent plus de 20 000 ha dans l’Eure. Elles contribuent à la diversification des assolements, et assurent de nombreux emplois. Mais il faut également redéployer les aides sur des productions en difficultés ou en développement : les ovins, l’agriculture biologique, le lait...”
Difficile équilibre
entre les deux piliers de la Pac
Le prélèvement par l’Europe d’ une partie des aides à la production pour financer des mesures liées au développement durable, l’approche ne laisse personne indifférent, et surtout pas la chambre d’Agriculture qui souhaite que ce prélèvement des aides soit clairement abandonné. L’idée d’un redéploiement des aides directes est moins contesté...
A la question posée sur la nécessité de combler les écarts d’aides entre exploitations, l’intention n’est pas contestée, “par contre nous ne voulons pas d’une mutualisation des aides, avec un montant par hectare identique quelque soit la production. L’historique de l’exploitation explique les différences de montant et reste une notion légitime. Mais si une harmonisation partielle des aides garantit la pérennité de la Pac, nous l’accepterons” explique Emmanuel Join-Lambert.
“La chambre est également favorable à la dotation de toutes les surfaces éligible. Enfin, il est important de conserver les aides liées aux cultures énergétiques, aux vaches allaitantes et aux brebis”.
Ils ont dits...
• Sur le découplage, Gérard Debaene : “Un découplage total des aides pourrait faire apparaître des risques de monoculture de blé dans l’Eure. Avec les problèmes environnementaux que cela comporte...”
• Sur la concurrence, Gilles Lievens : ”La préférence communautaire ne doit pas être abandonnée. L’ouverture trop large des frontières serait problématique. Tous les pays n’imposent pas les mêmes contraintes (environnementales...) à leur agriculture. Et n'ont donc pas les mêmes coûts de production.”
Retrouvez d'autres réactions dans notre édition papier du 14 février 2008