Agriculture de conservation : symbiose à la Chambre d'Agriculture du Calvados
La Chambre d’agriculture du Calvados s’est réunie en session, jeudi 14 juin. Le paiement des Mesures agroenvironnementales a fait débat, les élus reprochant la lenteur administrative et l’inefficacité des systèmes informatiques de l’État. En fin de séance, l’agriculture de conservation a été présentée à l’assemblée et a ramené le calme dans les rangs.

« Les vers de terre sont les ingénieurs du sol. Un hectare peut contenir 4 à 5 millions d’individus, introduit Charlotte Gardon, conseillère culture à la Chambre et animatrice du groupe Agriculture sol vivant. Ils creusent des galeries, dont les racines des plantes profitent pour se développer et se nourrir à moindre effort. » L’idée, c’est de travailler le sol le moins possible pour laisser le champ libre aux organismes vivants qui l’habitent. Voilà le premier pilier de l’agriculture de conservation, présenté lors de la session Chambre d’agriculture jeudi 14 juin.
Orienter la biodiversité
« Les micro-organismes du sol remplacent les outils. Nous utilisons la biodiversité et nous l’orientons pour produire », poursuit l’animatrice, accompagnée de Christophe Mouchel, exploitant à Saint-Vaast-sur-Seulles et engagé en agriculture de conservation. La matière organique se concentre en surface et des résidus restent sur le sol. Résultats : le ruissellement et l’érosion sont limités, le phénomène de battance supprimé.
Du gagnant-gagnant
Sous terre, la réflexion porte sur les mycorhizes, la symbiose entre les plantes et les champignons. C’est-à-dire l’échange gagnant-gagnant que produit l’association des racines et des champignons. Le champignon s’approvisionne en carbone grâce à la plante. En échange, il permet à la plante d’aller chercher plus loin les éléments nutritifs dont elle a besoin : eau, azote, minéraux. La plante se trouve par la même occasion protégée du gel et des agents pathogènes.
Un sol jamais nu
Deuxième principe de l’agriculture de conservation : la couverture permanente. Deux objectifs : nourrir le sol et son habitat en minéraux et en carbone, et le protéger. Selon des essais menés en Normandie entre 2010 et 2013, plus le couvert est semé tôt, plus la biomasse est importante : 4 t de MS/ha pour un couvert semé le 10 août, en semis direct avec une légumineuse. Quand le couvert se dégrade, les bactéries prélèvent l’azote, qu’elles restituent à la culture suivante.
Plante compagne
et réflexion de groupe
Ce qui amène au troisième pilier de l’agriculture de conservation : les rotations diversifiées. « J’ai semé du colza en août, dès la moisson, avec un couvert et des féveroles de printemps, raconte Christophe Mouchel. La plante compagne a concurrencé l’avancée du colza. »
Les associations de cultures sont réfléchies au sein du groupe Agriculture sol vivant composé d’une vingtaine de membres, mais aussi grâce au réseau national d’échange Base (Biodiversité, agriculture, sol et environnement. Si l’agriculture de conservation arrive à se passer d’insecticides, « nous avançons sur l’utilisation des fongicides. La réduction des herbicides est un objectif », constate Charlotte Gardon.
Et Christophe Mouchel de compléter : « nous commençons à réaliser des analyses de qualité des produits. Les résultats affichent zéro résidu de produits phytosanitaires, car les matières actives sont attaquées par les micro-organismes ».
Laisser vivre les limaces
Deux freins peuvent s’opposer à l’agriculture de conservation. Le premier : le sol, auquel il est indispensable de laisser le temps de se reconstituer.
« Tout est une notion d’équilibre. Les limaces, par exemple, ne sont pas un souci. Le sol possède un système de défense naturel, mais il fait lui laisser le temps de le développer », illustre Christophe Mouchel. Ce qui conduit au deuxième frein du système : « la tête de l’agriculteur. Il faut accepter une période de transition, exploiter les échecs et continuer à avoir envie d’aller de l’avant, de prendre des risques ». Des risques qui pourraient être encouragés par des aides à l’investissement. L’appel est lancé.