La FDSEA de la Manche inquiète
"Aliment trop cher, les filières d’élevage pénalisées"
Fait rare, les quatre présidents de sections FDSEA concernées par l’élevage (lait, viande bovine, porcs, volailles) ainsi que Pascal Férey, président de la structure, ont tenu une conférence de presse, mardi, pour tirer la sonnette d’alarme sur les prix de l’aliment. D’emblée, ils demandent au Ministre de l’Agriculture de prendre ses responsabilités, « rééquilibrer les aides céréalières au profit de l’élevage ». Autre demande pressante, « l’augmentation des prix à la production par le biais de hausses dans les grandes surfaces ».

Pascal Férey égrène les chiffres, doucement mais sûrement. « Les prix n’arrêtent pas de monter. Le soja est à 600 euro la tonne ce matin, soit le double par rapport à 2011 ; Colza ? Il coûte 130% plus cher. Et ce sont des produits d’importation, nous ne maîtrisons aucun paramètre ». Les protéagineux, tous les éleveurs le savent, sont indispensables dans la ration, mais les difficultés climatiques américaines, la demande en hausse, sans oublier des spéculateurs qui surfent allègrement sur cette demande pour se faire des millions de dollars, font que les protéines végétales ont le vent en poupe. En France, réduire le coût alimentaire ne peut se faire, principalement, que sur le blé. Problème, là aussi, vu la demande mondiale, les prix montent encore et toujours.
Thierry Lefranc (porcs) estime que cette production est la plus touchée. « 2007, 2008 et 2011 ont été catastrophiques. Les éleveurs ont perdu entre 250 à 300 euro/truie. Pour un élevage moyen, cela correspond à 70 000 euro de perte annuelle ». En clair, les trésoreries sont dans le rouge et la nouvelle hausse de l’aliment n’arrange rien. « Nous en sommes à 350 euro/tonne. Pour s’en sortir, il faudrait un prix à 1,70 euro/kilo. Actuellement, il se situe à 1,50 ». Plus inquiétant « c’est la première fois que l’on voit l’aliment monter en juillet ! »
Revenu en berne
Franck David (volailles) n’est pas plus optimiste. « Non seulement l’aliment devient cher, mais toutes les mises aux normes font mal au portefeuille, tout comme dans le porc. Même si beaucoup de contrats en poulets « standard » ou « label » ont une clause d’indexation de prix sur celui de l’aliment, le système a ses limites. La nourriture en volailles c’est 70% de céréales avec du colza et soja. Produire un œuf, c’est 160 grammes d’aliment ».
Fabrice Heudier (viande bovine) estime que si les prix sont remontés depuis un an, la production, notamment des JB, reste fragile. « Si les cours sont effectivement corrects, le revenu n’est pas meilleur. En engraissement, céréales et protéines grignotent la marge ». Autre risque, celui de perdre une partie la production française au détriment d’importations. « Celui qui arrête une année ne recommence jamais. Par les temps qui courent, il préfère labourer pour semer du blé ».
Pour Ludovic Blin (section lait) « 2009 a sérieusement mis à mal les exploitations. On en ressent toujours les conséquences. Si le prix du lait a augmenté, les coûts alimentaires, déjà sérieusement travaillés comme dans toutes productions d’élevage, ont grimpé, réduisant du même coup notre revenu. En plus, le prix du lait pour août est annoncé à la baisse ».
Concrètement, la FDSEA demande de répercuter l’augmentation des coûts de production auprès des GMS, d’accorder une pause sur les contraintes « mises aux normes des productions animales » jugées excessives en France. « Par ailleurs, les céréaliers doivent accepter que les blé allant vers les fabricants d’aliments du bétail baissent de 20 à 30 euro/tonne. En clair, nous demandons une solidarité entre les productions végétales et animales ». Et d’enfoncer le clou, « Il serait temps que le Ministre de l’Agriculture s’inquiète de la situation ». Dernier point, mais vital, « nous demandons un rééquilibrage des aides PAC, la France peut le faire, au profit de l’élevage ». Et d’avertir, « lorsqu’un éleveur ne s’en sort pas, derrière ce sont des emplois industriels qui sont menacés ; mais nous refusons de porter le chapeau ».