CUMA : un « coût » de séduction !
Les ensilages sont bien lancés. Dans un contexte économiquement tendu, les CUMA tentent de s’adapter. Dans le bocage, la CUMA du Mesnil a adapté sa gestion depuis plusieurs années. A la clé, le paiement en trois fois des heures d’ensileuse apporte plus de souplesse. Face à la crise, James Louvet croit à la solidarité permise par les CUMA.

« L’ensilage est un moment où l’on se retrouve. C’est toujours une bonne chose d’échanger entre agriculteurs. Dans une période de crise, ça permet de se retrouver », explique James Louvet, président de la CUMA du Mesnil. Les fournisseurs du monde agricole ressentent les difficultés financières des exploitations. Le secteur de l’agrofourniture est impacté. Mais, les CUMA sont également en première ligne. « Certaines ont des soucis pour recouvrer des créances », concède James Louvet. Cependant, ce problème est limité dans sa CUMA. Le groupe a, en effet, mis en place un système de prélèvement automatique depuis 10 ans. Un échéancier est également proposé. Le règlement des factures s’effectue en trois fois pour l’ensilage. La facturation est réalisée dans le courant du mois de novembre. Le règlement s’étale ensuite jusqu’en janvier. «Je ne sais pas si nous maintiendrons ce cap. Jusqu’à présent, nous n’avons aucune créance sur notre bilan de clôture. Tous les prélèvements ont été honorés. Sur notre activité déssilage, la facturation est annuelle, mais le règlement mensuel. Ce genre d’expérience est un peu nouvelle dans le Calvados. Mais, elle est copiée sur d’autres départements. Ce fonctionnement se construit progressivement », explique James Louvet.
Anticipation des coups durs avec un bon fonds de roulement
Cet engagement collectif nécessite une adhésion de tous les membres. Cette saine gestion fluidifie la relation entre les membres. « En contrepartie de ce prélèvement automatique, nous devons assurer une bonne qualité de service à nos adhérents ». Outre le travail réalisé, les CUMA sont jugées sur leur coût de fonctionnement. Le tarif est de 300 € par heure. Au final, les adhérents paient en moyenne 117 € par hectare. Derrière ce chiffre se cachent quelques disparités. Selon les volumes, le parcellaire, la longueur de coupe, la facture varie de 95 à 135 €/ha. Ici, l’ensileuse Claas effectue sa troisième campagne. Elle travaille sur 350 à 400 hectares pour une douzaine d’adhérents. La machine est amortie sur 6 ou 7 ans. Au début de l’investissement, le groupe a fait le choix d’un fonds de roulement assez élevé. Il permet de faire face à des pannes exceptionnelles. Lors de la crise laitière en 2009, la CUMA a aussi pu se permettre de réaliser une ristourne sur les montants facturés. Cet allégement avoisinait les 30 € par heure, soit 10 % du coût horaire. « Pour cette année, je ne sais pas. C’est le conseil d’administration qui décidera. Nous n’avons pas les mêmes réserves et un petit déficit d’hectares depuis deux ans. Ce qui est ristourné pèse sur la suite », souligne le président de la CUMA.
Crise : les CUMA restent-elles accueillantes ?
Afin de réduire les charges, les conseillers des exploitations peuvent orienter les agriculteurs vers les coopératives d’utilisation de matériel en commun. « Solidaires, oui, mais pas au point de couler la CUMA », peut-on parfois entendre dans les campagnes. Dans un contexte économiquement tendu, les CUMA sont-elles prêtes à accueillir tous les agriculteurs ? La question est légitime, selon James Louvet. « Un adhérent doit d’abord répondre à un principe de territorialité. À la CUMA du Mesnil, le nouveau coopérateur bénéficie d’une réduction la première année qui correspond au montant des parts sociales. L’adhérent et la CUMA ont des droits et des devoirs. C’est fondamental. Dans notre groupe, nous n’avons jamais refusé personne. Rappelons également que les CUMA ne sont pas plus en difficulté que les entrepreneurs qui ont également des problèmes de recouvrements ».