Après la mobilisation FDSEA/JA du Calvados
Des avancées qui vont dans le bon sens
Modification de la date de destruction des CIPAN, ajournement de la charte pour la mise en œuvre de nouveaux points d’eau et des périmètres de protection (...), le Préfet du Calvados annonce un petit train de mesures qui va dans le sens des revendications portées par la FDSEA et les JA.

Le 31 mai dernier, 40 tracteurs cernaient la préfecture pendant qu’une délégation FDSEA et JA s’entretenait avec Christian Leyrit. Vendredi dernier , le préfet de Région invitait à nouveau les représentants de la profession, dont l’association CAPTAGE 14, et élus des syndicats d’eau autour du dit-dossier. Quelques avancées ont été enregistrées. Le point avec Patrice Lepainteur, président de la FDSEA.
Vous vous battez sur le dossier CIPAN depuis plusieurs mois. Où en est-on aujourd’hui ?
Rappelons tout d’abord que si la FDSEA et les JA s’activent sur le sujet depuis l’an dernier, c’est parce que le Calvados faisait tâche sur l’échiquier hexagonal. Partout en France, la profession agricole avait été écoutée pour déterminer la date de destruction des CIPAN alors que chez nous, elle avait été fixée sans concertation au 15 décembre. Après notre mobilisation, nous avons désormais la certitude d’une modification du décret préfectoral dans le bon sens. Cela devrait être acté le 30 juin prochain.
Vendredi dernier, vous étiez au côté de Clotilde Hareau, présidente de CAPTAGE 14, pour défendre, face aux représentants des syndicats d’eau, une autre approche du dossier. Vous avez été entendus ?
A l’instar du dossier CIPAN, on ne peut que regretter les particularismes locaux. Sur la problématique eau, on veut imposer aux agriculteurs des contraintes plus drastiques que dans les autres départements. Néanmoins, le gros travail de mobilisation entrepris par l’association CAPTAGE 14 porte ses fruits et fait bouger les curseurs. Le premier acquis, c’est la reécriture de la charte pour la mise en œuvre des nouveaux points d’eau et des périmètres de protection acceptée par Mr le Préfet. Une charte qui date de juin 2006 et signée, souvenons-nous en, par l’Agence de l’Eau Seine Normandie, l’Union des Maires du Calvados et la Chambre d’Agriculture notamment.
En quoi cette charte ne défend-elle pas suffisamment les intérêts des agriculteurs concernés ?
Sans entrer dans les détails, c’est avant tout le niveau d’indemnisation et de compensations financières face à de nouvelles contraintes culturales qui était inacceptable. La question de la pérennité de ces compensations se posait également. Ce qu’a reconnu d’ailleurs la Chambre d’Agriculture du Calvados.
Les éleveurs concernés par ces périmètres de captage craignaient également de ne plus pouvoir affourager et abreuver leurs animaux. Qu’en est-il exactement ?
Je pense que les collectivités et les syndicats d’eau ont voulu sciemment embrouiller les esprits dans un flou artistique en superposant la loi sur l’Eau qui date de 1964 et les projets “aires de captage” issus du Grenelle de l’Environnement. Le second volet n’a fait l’objet d’aucun vote. De grâce, n’allons donc pas plus vite que les lois.
Ce qui signifie ?
Que les questions d’affouragement et d’abreuvement des animaux, et le Préfet l’a rappelé, ne se posent pas.
Le chantier de la reconquête de la qualité de l’eau constitue cependant une demande sociétale forte. N’est-ce pas du corporatisme que d’aller à son encontre ?
Mais nous sommes les premiers à revendiquer une eau de qualité, comme citoyens et comme acteurs majeurs de la protection de l’environnement. Encore faut-il appréhender le problème de façon rationnelle. J’ai posé la question vendredi dernier lors de cette réunion : “de quels outils dispose-t-on pour mesurer graduellement et dans le temps la qualité de l’eau dans le Calvados ?” On nous a donné la réponse et cette réponse va à l’encontre des idées reçues largement répandues ici et là. Des “on dit” qui font mal aux éleveurs et aux céréaliers. En 10 ans, la qualité de l’eau dans notre département non seulement ne s’est pas dégradée mais s’est même améliorée en certains endroits.
Quelles conclusions en tirez-vous ?
La principale et globalement, c’est qu’il n’existe aucune légitimité à ce que les syndicats d’eau nous imposent de nouvelles contraintes culturales supplémentaires. Les pratiques que nous avons adoptées il y a 10 ans et que nous ne cessons de développer (mesure des reliquats d’azote, couverts végétaux, réduction des doses d’engrais et de pesticides, diversité des assolements...) portent leurs fruits. Les chiffres le prouvent. Alors certes, tout n’est pas parfait partout, mais il faut tenir compte de l’effet d’inertie. Nous allons, dans les prochaines années, continuer à engranger les bénéfices de notre action en faveur de la protection de la ressource en eau.
Il existe cependant des périmètres rapprochés très sensibles. Qu’êtes-vous prêts
à accepter?
On ne va pas s’opposer à l’évidence. Au cas par cas, localement, une autre agriculture est peut-être à envisager. Mais il est de la responsabilité du syndicalisme de veiller à ce qu’aucun agriculteur concerné ne soit humainement et financièrement lésé.
N’est-ce finalement pas qu’une affaire de gros sous. Il suffirait que les collectivités territoriales ou les syndicats d’eau rachètent au prix fort les surfaces concernées pour arranger tout le monde?
Je ne peux pas entendre ce genre de discours. Nous sommes déjà suffisamment pénalisés par l’urbanisation. Des terres agricoles qui perdent leur vocation nourricière ne peut pas constituer une piste de développement durable pour notre société. Notre premier challenge, pour les années à venir, sera de nourrir une planète à la population galopante.