Des résultats à nouveau modestes pour les naisseurs herbagers
Production vache allaitante.



L’analyse conduite par les réseaux d’Elevage Viande Bovine sur 14 exploitations normandes spécialisées en vache allaitante, suivies sur 4 années consécutives, fait état d’un retour à un faible revenu après la bonne année 2012. Pour cet échantillon, l’EBE est en 2013 de l’ordre de 50 000 € pour 68 vaches allaitantes. L’augmentation des coûts de production et la stagnation du produit conduisent à une baisse de la rémunération de la main d’œuvre familiale. L’analyse des coûts de production révèle cependant des marges de manœuvre qu’il est important d’exploiter pour assurer la pérennité des exploitations allaitantes spécialisées.Dans le cadre des travaux conduits sur le réseau viande bovine de Normandie, une analyse spécifique a été réalisée sur un échantillon constant de 14 exploitations herbagères spécialisées en vaches allaitantes sur 4 années, de 2010 à 2013.
Des structures stables
Pour ces exploitations, la main-d’œuvre est constituée en moyenne de 1,1 unité de main d'œuvre (UMO), principalement familiale. La SAU est de 114 ha en 2013, la Surface Fourragère Principale (SFP) constituée à plus de 91 % d’herbe, représente 95 % de la SAU. A noter que la SAU progresse en moyenne de 3 ha par an sur cet échantillon. Ces exploitations, résolument herbagères, détiennent en moyenne un troupeau de 68 vaches allaitantes, le plus souvent de race charolaise, majoritairement consacrées à la production de broutards. Pour 6 de ces exploitations, une partie des broutards est tout de même conservée pour produire des bœufs.Le chargement moyen est de l’ordre de 1,2 UGB/ha SFP. La grande majorité de ces exploitations perçoit la PHAE (Prime Herbagère Agri Environnementale) ou bénéficie de l’ICHN (Indemnité Compensatoire d’Handicap Naturelle). 3 de ces exploitations sont en agriculture biologique.
Une productivité du troupeau qui s’est dégradée en 2013 - Tableau 1
Les performances du troupeau et la productivité des surfaces se sont dégradées en 2013. Après une année fourragère 2012 peu favorable, 2013 a été une année compliquée. Le printemps a été tardif et pluvieux contrariant les récoltes précoces d’herbe, une sécheresse estivale parfois précoce s’est installée sur la partie ouest et les conditions de fin d’année n’ont pas permis de rattraper le déficit fourrager. Cela s’est traduit par des achats exceptionnels de foin ou une diminution des stocks fourragers et surtout par la diminution des performances du troupeau. La productivité numérique est revenue à un niveau faible (0,85 veau sevré par femelle mise à la reproduction) et les croissances n’ont pas été au rendez-vous, avec pour conséquence, la baisse du poids des animaux commercialisés. La difficulté à atteindre les performances objectives (productivité numérique supérieure à 0,9, IVV proche de 365 jours…) souligne la nécessité d’une bonne organisation du travail pour une surveillance efficace du troupeau. Celle-ci passe par le choix judicieux de la période de vêlages, la recherche de vêlages groupés, la mise en place d’une politique de réforme “sans pitié” pour les vaches improductives : celles qui vêlent avec difficulté, perdent leur veau, sont vides, se décalent, les plus âgées et les moins bonnes… Tant qu'il y a des vaches à problème, il est nécessaire de se fixer un taux de renouvellement de l’ordre de 30 % (nombre de vêlages de génisses/nombre de vêlages total). Ces orientations sont d’autant plus nécessaires que les troupeaux ne cessent d’augmenter à main d’œuvre constante.
Baisse de revenu malgré un meilleur prix de la viande en 2013 - Tableaux 2 et 3
Le prix des vaches de réforme en 2013 a été favorable. Elles ont été vendues entre 4,20 € et 5,20 € au kg de carcasse, cela ne s’était pas vu depuis une bonne vingtaine d’années. Bien que les broutards se soient eux aussi correctement vendus, l’EBE connaît pour cet échantillon une baisse de plus de 10 %. L’augmentation du prix de la viande a été contrariée par une baisse de la productivité du troupeau et des surfaces et la progression constante des charges. S’ajoute à la baisse de l’EBE, l’augmentation des postes amortissements et frais financiers. Les meilleurs résultats 2011-2012, la bonne orientation des prix de la viande ont amené à mettre en place des investissements que les mauvaises années passées avaient obligé à différer. La conséquence est une très forte dégradation du résultat en 2013. Ces exploitations dégagent un produit brut de 145 000 €/UMO dont 1/3 est constitué d’aides. La plupart d’entre elles est engagée dans les aides du second pilier (PHAE, ICHN, MAE) et est à ce titre très sensible au devenir de ces aides dans la réforme en cours. Par ailleurs, la majorité des élevages étudiés dispose de plus de droit à primes vache allaitante qu’elle n’a d’effectif de vache (en moyenne, 91 droits détenus pour 68 vaches). Cela confirme la sensibilité de ces systèmes à l’évolution réglementaire de 2015 concernant les soutiens du revenu des producteurs allaitants. Le résultat courant pour l’année 2013 s’établit pour cet échantillon à 11 500 € par UMO. Il est à noter que ce traitement de données confirme le modeste niveau de marge brute hors aide par hectare dégagé par la production allaitante : en moyenne, 500 € en 2011, 590 € en 2012 et 550 € en 2013.
Structure des coûts de production : le poids élevé des charges de structure - Graphique 1
Malgré une nouvelle augmentation des prix de ventes en 2013, la baisse des performances techniques et l’augmentation constante des charges conduisent à observer une baisse significative de la rémunération de la main d’œuvre familiale. Cela amène à rappeler que l’augmentation de la productivité est un levier important de la maîtrise des coûts. Effectivement, chaque kilo supplémentaire de viande produit grâce à une amélioration du suivi, permet une dilution des charges de structure. Rémunération de la main-d’œuvre exploitant comprise, elles représentent les 4/5 des charges. A noter que les charges de mécanisation ont fortement augmenté et qu’elles constituent le premier poste de charge.Le retournement de la conjoncture viande depuis 1 an et la réforme de PAC pas toujours favorable pour les éleveurs allaitants obligent plus que jamais à être vigilant sur la productivité du troupeau et la maîtrise des charges.
Les réseaux d'élevage viande bovine de Normandie en 2015
A compter de 2014, le dispositif de recherche de références système à l’échelle de la Normandie compte 16 exploitations. La réorganisation du cadre national conduit les ingénieurs viande de Normandie à étudier les systèmes allaitants avec engraissement (jeunes bovins ou bœufs) en système herbager ou polyculteur. Les travaux abordent les aspects techniques, économiques, environnementaux, travail…Ce dispositif est conduit par les Chambres d'agriculture de Normandie et l'Institut de l'Elevage. Il bénéficie des soutiens financiers de FranceAgriMer. Les travaux sont disponibles sur les sites des Chambres départementales.