AGRIAL filière bovine
Imaginer des sociétés d’engraissement
En quête permanente de compétitivité, les dirigeants de la filière bovine AGRIAL lancent l’idée de sociétés d’engraissement à l’instar de ce qui se pratique dans le lait au travers des SCL (Société Civile Laitière).

"2010 : une année compliquée avec beaucoup d’interrogations”, a résumé Pierre Hermenier, président de l’OP (Organisation de Producteurs) viande bovine AGRIAL qui tenait, jeudi dernier à Ecouché (61), son assemblée générale.
Gain de rentabilité
Un contexte céréalier qui bascule, une reconstruction des systèmes de cotations, l’avancée du dossier PCM (Pesée, Classement, Marquage), le travail de l’observatoire sur les prix et les marges (...), les clignotants de la filière bovine passent par toutes les couleurs. Il en est vrai aussi des prix avec une forte variation entre début et fin 2010.
Face à cette forte variabilité, la maîtrise des charges et les gains de rentabilité restent des valeurs sûres.
La filière bovine AGRIAL a réduit sa voilure (4 personnes en moins) et s’est délestée de son centre d’allotement du Mans-72 (20 000 e d’économies). Par ailleurs, son siège social d’Argentan (61) est à vendre. “Notre résultat est en amélioration grâce à une bonne activité mais aussi grâce aux économies de charges qu’il va falloir continuer à gratter”, a martelé Pierre Hermenier.
Mais cette volonté réaffirmée d’optimiser l’organisation et les moyens coopératifs doit trouver un écho au niveau des exploitations. Objectifs : gains de compétitivité et de rentabilité. “Pourquoi ne pas imaginer des sociétés d’engraissement à l’instar des SCL (Société Civile Laitière) ?” s’est interrogé Pierre Hermenier persuadé “qu’il y a des choses à creuser. En devenant de plus en plus spécialisé, on gagne en rentabilité”.
Outre l’écrasement des charges par un effet volume, c’est la maîtrise technique qui s’améliore par cette voie. Un chantier qui concerne aussi les UPRA. “Elles doivent revoir leur copie”, a décoché Pierre Hermenier. En d’autres termes, créer la génétique qui répond aux besoins du marché.
Début de décapitalisation
L’activité gros bovins a surtout été prononcée sur la dernière partie 2010 permettant de compenser le recul du 1er semestre. Une partie de l’explication repose sur le début de la décapitalisation constatée en fin d’année dans les troupeaux allaitants de la zone. Cela s’est traduit par une offre plus abondante et un marché qui n’a pas décollé.
En engraissement, l’activité a été conforme aux prévisions avec des sorties régulières tout au long de l’année. Il faut noter la reprise des marchés exports en vif surtout sur le Liban avec un commerce actif depuis le printemps 2010. Par ailleurs, les cours se sont nettement repris depuis septembre. La baisse de l’offre au niveau national explique cette tendance. Cette fluctuation importante du marché va impliquer des résultats économiques très hétérogènes dans les ateliers en fonction de la période de sortie des animaux.
Disparités régionales
L’activité bovins maigres, caractérisée essentiellement par le commerce des broutards, a été très disparate tout au long de l’année. Après un printemps très actif, dû en partie aux offres de contractualisation proposée par le groupement, le début de l’automne a été beaucoup plus incertain. En cause, l’envolée du prix des céréales mais aussi le niveau de récolte en maïs sur une partie de la zone. Finalement, les volumes d’activité ont été reconduits mais avec des disparités significatives selon les régions.
En veaux de 8 jours, le conseil de filière a validé la volonté de recentrer cette activité sur les achats réalisés chez les adhérents. Une décision qui va impliquer un recul progressif de l’activité sur plusieurs exercices.
157 988 animaux
L’activité commerciale de l’OP s’établit à 157 988 animaux sur l’exercice 2010. Un volume global en recul mais qui s’explique par le retrait de l’activité veaux de 8 jours. Sur les autres catégories, c’est la stabilité en particulier en gros bovins et dans les bovins maigres. L’activité jeunes bovins est en légère progression.
“Vive la vache tondeuse à gazon”
Philippe Chalmin, professeur à Paris Dauphine (et par ailleurs président de l’observatoire des prix et des marges) a planché au terme de cette assemblée générale sur “la viande bovine à la croisée des chemins et des marchés”. Précisant qu’il ne sert à rien de “bloquer les abattoirs”, il a assuré la promotion de la troisième fonction de la vache. A savoir, outre produire du lait et de la viande, celle de “tondeuse à gazon. C’est cette fonction qu’il faut valoriser. La PAC 58, c’est fini. Votre chance en tant que producteur de viande, c’est d’être au cœur d’un certain nombre de préoccupations des français”. Ainsi donc, c’est de l’occupation de l’espace, de l’aménagement des territoires ou de la préservation des prairies que viendrait le salut de cette filière. “C’est un facteur politique pour pérenniser les aides européennes et les rendre utiles”, a-t-il justifié. Attendu au tournant après la publication de son rapport sur les marges qui n’a pas fait l’unanimité, Philippe Chalmin n’a pas botté en touche. “A ce stade, personne ne s’en est mis plein les poches”. Et de constater “une filière bovine ou personne n’est heureux”. Producteur, abatteur, transformateur, distributeur et consommateur, nul n’y trouve son compte. Alors comment retrouver le sourire ? “Il faut rentrer dans une logique de contractualisation. Quelque chose qui demande de la confiance mais la France est tout sauf un pays de confiance. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons créé un observatoire des prix et des marges”. Mais un outil qui ne règlera pas de toute façon la problématique du prix payé au producteur. “Le prix est la résultante de l’offre et de la demande liée à la conjoncture mondiale. Il n’est pas lié aux coûts de production hexagonaux”. Il faut donc vivre avec la volatilité en se protégeant un peu en diversifiant son “panier revenu”. “Dix élevages font de la méthanisation en France contre 5 000 en Allemagne”, faisait remarquer Philippe Chalmin.