Eddie Yvard , céréalier dans l'Orne
Jouer la carte de la sécurisation plutôt que la spéculation
2010, 2011 et 2012. Trois années correctes en céréales. Attention cependant à ne pas voir la mariée trop belle. L’heure est à la sécurisation.

"Le colza a perdu 40 e en deux jours. Le blé a perdu 13 e hier et encore 8 aujourd’hui”. Alors quand on évoque la flambée des cours des céréales avec Eddie Yvard, producteur à Dorceau dans le Perche Ornais, il commence par remettre les pendules à l’heure. Nul doute qu’il s’énerve également quand au JT (Journal Télévisé) de 20 h, des reportages anxiogènes mettent en relation l’envolée du prix du pain avec celle du blé. Le sien, il le paie 1,08 e contre 1 e l’an dernier. “Plus 8 % mais quelle est la part réelle de la matière première dans la constitution du prix final ?”, s’interroge-t-il. Autre argument de poids : a-t-on vu le prix du pain baisser quand le blé était au plus bas ?
Le pain à la boulangerie et l’essence à la pompe, c’est finalement la même chose. Les hausses sont immédiatement répercutées, jamais les baisses. Enfin, la même chose, pas tout à fait. Les pouvoirs publics légitiment les hausses du prix de l’énergie (essence, gaz-oil, électricité, gaz...). Ils peinent cependant à reconnaître que la hausse des matières premières subie pas les agriculteurs doit ricocher dans les linéaires de la distribution.
Notre force, c’est l’union
Face à ces attaques, Eddie Yvard appelle chacun à se serrer les coudes. “Notre force, c’est l’union.” Une lutte fratricide entre céréaliers et éleveurs serait suicidaire. “En céréales en 2010, on a gagné notre vie, reconnaît-il. En 2011 aussi même si le prix du blé chute. En 2012, il y aura encore des possibilités”, analyse-t-il. Mais d’ajouter qu’il a “commercialisé de l’orge à l’intervention à 90 e. Il est ressorti à 200 e. Où sont passés les 110 e de différence ? Parallèlement, avec le bilan de santé de la PAC, j’ai perdu 60 e/ha. Sont-ils allés dans la poche des éleveurs ?” Une façon d’exprimer que cette éclaircie de 3 campagnes a été précédée par un trou d’air et, qu’au-delà, nul ne sait.
Encore faut-il relativiser les records de l’an dernier. Eddie Yvard joue la carte de la transparence. Alors que l’engrais tout comme la ferraille poursuivent leur ascension, il a commercialisé sa moisson à 163 e de moyenne. Loin des 200 e qui s’impriment dans les esprits. Côté paille, notre céréalier n’a pas non plus abusé de la situation : “25 e/t à mes clients habituels contre 18 e/t l’an dernier”. Il avait des opportunités à 30 voire 35 e/t.
Savoir se border
Eddie Yvard n’a donc rien d’un méchant spéculateur. “Il faut se border. Il ne s’agit pas de spéculer mais de se sécuriser. J’ai besoin d’assurer un revenu vis-à-vis de ma banque”. S’il a investi dans une unité de stockage, ce n’est donc pas pour jouer les traders. “C’est une question de confort de travail. Je perds beaucoup moins de temps sur les routes à transporter mes céréales”. Il gagne du temps et du gaz oil. Il peut également travailler tard le soir et le dimanche même si son négoce ou sa coopérative sont fermés. A ceux qui considèreraient quand même qu’il lui faudra faire beaucoup d’économies pour amortir son installation, il a sa réponse. “C’est le toit photovoltaïque de la grange qui va financer l’unité de stockage”. Nul doute que depuis son installation, le métier a évolué. Une évolution qu’il pressent également au niveau de la FNSEA avec l’élection de Xavier Beulin. “Une autre forme de syndicalisme. C’est quelqu’un d’ouvert qui va pousser des portes que l’on ne pouvait pas approcher auparavant. Il saura faire preuve d’objectivité dans toutes les filières”. Eddie pense notamment à Sofiprotréol. Un chantier qui a réuni céréaliers et éleveurs avec la reprise de Glon Sanders.