Patrick Julien, producteur de porcs dans l'Orne
Jouer le collectif au niveau de l’approvisionnement
Se regrouper pour acheter l’approvisonnement, Patrick Julien y pense face aux coûts de production qui explosent. Demain, il faudra jouer collectif.

Une première mi-temps qualifiée de “normal. On était au coût de production”. Une seconde période “mauvaise à catastrophique avec la flambée du prix des matières premières”. Tel est le commentaire avisé de Patrick Julien, producteur de porcs à Banvou, sur l’année 2010. Une filière qui, décidément, ne voit pas le bout du tunnel. A l’instar du lait, la légère embellie des prix est mangée par le coût alimentaire.
Le stickage a joué
Si les cours se sont en partie redressés, c’est notamment grâce aux opérations de stickage qui se sont multipliées ces derniers mois. L’accord du 15 décembre dernier acte l’affichage obligatoire de l’origine de la viande. “Informer le consommateur, c’est bon pour l’éleveur”, insiste Patrick Julien pour qui il faut maintenir la pression sur la grande distribution mais aussi les abatteurs, les industriels, les salaisonniers... Un bras de fer d’autant plus capital en ce début 2001 “que l’on connaît notre coût alimentaire pour 2011. Notre seul levier, c’est donc le prix de vente du kg de cochon”. A moyen terme, notre éleveur imagine un changement dans ses méthodes. Il propose de “s’organiser au niveau de l’achat des aliments. C’est une façon d’envisager notre avenir”. Un sujet qui était au cœur de la réunion organisée ce mardi par l’UNGP et l’ARIP. Quelle stratégie pour faire face à la volatilité des prix ? Le marché à terme : un outil de gestion des risques pour les éleveurs ?
Installation en panne
Autant de questions qui ont nourri le débat de même que l’hypothèse de contrats interfilières qu’a initiée Xavier Beulin, président de la FNSEA. “La contractualisation entre éleveurs et céréaliers, si ça permet de sécuriser les uns et les autres, le dossier mérite d’être creusé”, lance Patrick Julien.
Et il y a urgence à redresser la conjoncture. Depuis 3 ans, la porcherie ornaise perd des truies par centaines. La FDSEA a maintes fois déjà tiré la sonnette d’alarme. “Attention, un paquet d’éleveurs a plus de 50 ans. Je ne vois pas ces ateliers repris par des jeunes dans ces conditions. Parallèlement, les autres ne grossissent pas. Il n’y pas de restructuration. On assiste à une démolition de la filière”, craint notre éleveur. On attend donc un signe politique fort dans les campagnes pour se redonner un peu de perspectives, bâtir d’autres projets sans avoir une épée de Damoclès sur la tête.
Des projets comme la méthanisation. On y pense à Banvou.