Culture
La féverole s’invite dans les assolements normands
La dernière campagne a confirmé le potentiel de rendement de la féverole dans les limons profonds de Normandie. Dans un contexte où le marché d’exportation de cette graine vers l’Egypte s’annonce aussi favorable en 2008 qu’en 2007, cette culture mérite d’être prise au sérieux dans la réflexion sur les assolements 2007-2008. C’est le point de vue d’ARVALIS-UNIP et de la coopérative de Creully.



Avec la variabilité croissante des conditions climatiques et du contexte économique, le choix des cultures devient de plus en plus stratégique, tant pour le producteur que pour le collecteur. Les principaux critères de choix doivent répondre au marché, ainsi qu’aux exigences économiques et agronomiques de l’exploitation.
Produire pour un marché
La France est le principal fournisseur de graines de féverole sur le marché égyptien pour l’alimentation humaine (la moitié des volumes importés, soit environ 150 000 t). Comme les autres matières premières, le prix de marché de la féverole a flambé au cours des derniers mois, comme le montre le graphique.
L’écart moyen du prix rendu Rouen entre la féverole et le blé au cours des dernières campagnes se situe entre 30 et 60 €/t.
Les spécialistes des marchés pensent que la France peut garder une place privilégiée sur ce débouché égyptien et prévoient un maintien des cours pour 2007-2008.
Pour accéder à ce marché, les graines doivent répondre à un standard de qualité visuelle qui tient compte de la couleur de la graine (choix des variétés) et de l’absence de grains tachés ou troués. La présence de grains “tachés” est souvent d’origine parasitaire (mauvais contrôle des maladies) mais peut être physiologique et liée, par exemple, à l’ouverture des gousses les plus âgées avant la récolte. Les grains “troués” sont le fait des attaques de bruche. Pour lutter contre ce parasite, ARVALIS-UNIP propose un système d’avertissement des producteurs, en lien étroit avec le collecteur. La coopérative de Creully utilise ce système avec succès depuis 2 campagnes.
La collecte des organismes stockeurs de Normandie et en particulier celle de la coopérative de Creully, au cours des dernières années, prouve qu’il est tout à fait possible d’accéder à ce marché, si la production est bien encadrée au plan technique.
Le tableau des rendements régionaux montre que le rendement de la féverole est un peu inférieur à celui du pois, en moyenne de 2001 à 2006 ; en revanche en 2007, l’avantage est nettement en faveur de la féverole avec 11 à 12 q/ha de mieux ; cela s’explique à la fois par la très bonne alimentation en eau de la féverole et l’absence de coup de chaleur mais aussi par le rendement très décevant du pois, du à la verse précoce, aux maladies et aux pertes à la récolte.
Il convient donc de prendre en compte une série climatique assez large pour comparer les rendements : en moyenne sur les 7 dernières années, les rendements sont équivalents, soit 45-46 q/ha en Basse-Normandie et 47-48 q/ha en Haute-Normandie.
Les arguments agronomiques
Grâce à son système racinaire puissant et à la fourniture azotée laissée par les racines et les résidus pailleux, la féverole est un excellent précédent à blé. Son effet précédent est au moins égal à celui du pois, considéré comme le meilleur des précédents.
Par ailleurs, la culture s’accommode d’un lit de semences grossier que ce soit en sol argileux ou motteux. C’est ce qui la différencie des autres têtes d’assolement. Enfin, elle permet d’étaler les travaux dans les exploitations où dominent les cultures d’hiver.Le principal critère agronomique à prendre en compte pour décider de l’implantation de la féverole est la profondeur du sol et sa réserve en eau ; en effet la culture est exigeante pendant toute la période de formation des graines, soit environ du 20 mai au 10 juillet.
Dans les parcelles où la culture du pois est revenue souvent, par exemple 4 à 5 fois en 12-15 ans, la féverole peut très bien remplacer le pois, culture soumise aux risques de maladies racinaires.
En terres argileuses ou avec un état de surface mal nivelé, la culture de la féverole présente également moins de risques que le pois vis-à-vis de la réussite du semis d’une part et de la facilité de récolte d’autre part.
Des marges compétitives avec les autres cultures de l’assolement
Pour la coopérative de Creully, la féverole pourrait se développer au détriment du pois pour plusieurs raisons, techniques et économiques :
- Depuis quelques années, le pois a un rendement plus irrégulier que celui de la féverole, à cause d’une part de l’aléa climatique et d’autre part des maladies racinaires, lorsque le pois a été fréquent dans la rotation,
- Avec des rendements avoisinants les 46 q/ha de moyenne, le pois se retrouve souvent avec la moins bonne marge brute d têtes de rotation possibles dans la plaine nord de Caen et le Bessin,
- Avec des rendements avoisinants les 46 q/ha de moyenne, le pois se retrouve souvent avec la moins bonne marge brute des têtes de rotation possibles dans la plaine nord de Caen et le Bessin,
- A cause d’une demande très irrégulière pour l’export vers le sous continent indien et sur le marché de l’alimentation animale, la graine de pois est de plus en plus difficile à vendre pour le collecteur.
Malgré ce contexte difficile pour les protéagineux, la coopérative de Creully reste convaincue de leur intérêt dans les assolements (économie d’azote, bonne structure de sol, bon précédent …). C’est pourquoi, depuis 3 ans, la coopérative se donne les moyens de faire profiter à ses adhérents des intérêts techniques et économiques de la féverole. Après 3 ans d’accompagnement technique des agriculteurs, la coopérative de Creully s’oriente vers les féveroles de printemps plus productives et de meilleure qualité visuelle que les féveroles d’hiver. Au cours de ces années, la féverole a obtenu la meilleure marge brute de l’exploitation, derrière des cultures indétrônables pour la région : le lin textile et les betteraves sucrières. Elle est équivalente à celle du maïs et légèrement supérieure à celle du colza.
La compétitivité de la culture passe par l’accession au débouché alimentation humaine (+40 € /t en moyenne par rapport à l’alimentation animale), par le raisonnement des insecticides contre la brûche (utilisation du système d’avertissement ARVALIS-Institut du végétal-UNIP), et par une optimisation du poste semences.
• Valeur sûres : ESPRESSO, LADY, MAYA *.
• Nouveautés intéressantes : MEMPHIS, LAMBADA, BETTY
A noter que MEMPHIS et LAMBADA ont un gros PMG (environ 600 g) et que BETTY a un grain plus petit (530 g environ), ce qui est plutôt un avantage.
* MAYA variété qui peut se rider et qui peut donc poser quelques problèmes de qualité visuelle.