Syndicalisme
La FNSEA amplifie sa mobilisation
La FNSEA demande solennellement au gouvernement de soutenir le revenu des agriculteurs par une baisse des charges, et d’améliorer la compétitivité de la Ferme France. Une grande manifestation nationale est prévue fin octobre dans tout le pays.

"Du jamais vu depuis trente ans !” Ces mots résonnent encore dans la profession agricole. Ceux du ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture, Bruno Le Maire, tenus le 31 août, pendant la Foire de Châlons-en-Champagne, au sujet de la grave crise traversée par de multiples secteurs agricoles : le lait, les fruits et les légumes, mais aussi la viande porcine et bovine, sans compter la viticulture et les céréales… Tous confrontés à des prix à la production bien en deçà de leurs coûts de production. Le 2 septembre, le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, pour marquer la rentrée agricole 2009, a confirmé que “peu de secteurs” allaient bien. Aussi, face à l’inquiétude et au désarroi de plus en plus perceptibles dans les campagnes, la FNSEA accélère sa mobilisation. Son président doit même rencontrer Nicolas Sarkozy, le 9 septembre, pour lui dresser un état de la situation de l’agriculture française.
Un Bureau du syndicat, réuni le 2 septembre et élargi aux présidents des différentes associations de producteurs des secteurs en crise, a décidé une grande journée nationale de mobilisation fin octobre, sans préciser de date pour l’instant. Cette manifestation se déclinera par de grands rassemblements régionaux de producteurs dans les capitales régionales. Un Conseil fédéral, fin septembre, doit décider de la forme précise de cette journée, a indiqué le secrétaire général de la FNSEA, Dominique Barrau.
Compétitivité
Dans la foulée, la FNSEA a annoncé qu’elle demandait au gouvernement la tenue prochaine d’une conférence sur le revenu des agriculteurs, comme à l’automne 2008. A court terme, pour restaurer le revenu agricole qui s’est dégradé dramatiquement pour certains exploitants en 2008-2009, la FNSEA réclame une “année blanche” en matière de charges sociales et d’emprunts afin “d’accompagner immédiatement la profession”. Si le prix n’est pas au rendez-vous pour le revenu, on ne peut qu’agir sur les charges, dit en substance la FNSEA. C’est aussi pour préserver le revenu des agriculteurs qu’elle a redit son opposition à la future taxe carbone qui “chargerait la barque d’un secteur agricole déjà confronté à de lourdes charges”. Le syndicat demande aussi des mesures sur le coût du travail pour réduire les écarts de compétitivité entre la France et ses partenaires européens. “Il ne s’agit pas de se limiter au seul secteur des fruits et légumes, il est urgent de travailler sur les facteurs de compétitivité de l’agriculture française dans son ensemble”, a commenté son président. La compétitivité dans la filière des fruits et légumes va déjà faire l’objet d’une table ronde entre ses acteurs et le ministère de l’Agriculture, le 22 septembre prochain. En outre, le président de la FNSEA s’est engagé à une forte mobilisation dans le débat, à moyen terme, sur le projet de Loi de modernisation de l’agriculture (LMA), qui doit arriver au Parlement à la Toussaint. Pour la FNSEA, ce texte de loi devra d’abord “adapter l’agriculture aux évolutions de la PAC, répondre à la question essentielle du foncier, et de la transmission-installation, et à la question de la fiscalité sur les exploitations”.
Elle attend aussi de la LMA “la mise en œuvre d’un cadre général, tout secteur confondu, pour une politique de contractualisation” entre producteurs et industriels ou opérateurs commerciaux.
Contractualisation
Le syndicat agricole entend se battre pour que ce point y soit inscrit, permettant de redonner du pouvoir aux producteurs dans la filière. “La contractualisation n’est pas un gros mot”, a renchéri Henri Brichart, le président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), “elle rétablira le rapport des forces, et ne signifiera pas que chaque producteur sera en proie aux industriels” au sein d’un système intégré.
Pour Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, il s’agira aussi de proposer dans cette loi “des incitations fiscales pour que les producteurs investissent dans l’aval”.
PAC post 2013
Par ailleurs, la FNSEA regarde les prochaines échéances européennes et n’entend pas baisser la garde à cette échelle également. “Nous avons les yeux rivés sur les chantiers du prochain budget de la PAC et sur l’esquisse de la PAC post 2013”, a insisté Christiane Lambert.
Enfin, le syndicat agricole demande un rendez-vous à la “Commission Juppé-Rocard”, chargée de dégager les priorités d’investissements stratégiques du grand emprunt national lancé fin juin par Nicolas Sarkozy, afin qu’il en soit mobilisé une partie pour le secteur agricole.