Henri Brichart, président de la FNPL
La suppression des quotas serait une erreur
Henri Brichart, président de la FNPL
Alors que l’interprofession laitière propose une recommandation à la hausse du prix du lait pour le premier trimestre 2008, Henri Brichart continue de penser que les quotas ont leur utilité.

La sous-réalisation française actuelle et la bonne tenue des marchés ont permis un assouplissement des règles de gestion des quotas. Les producteurs doivent donc saisir l’opportunité de produire plus avec un prix revalorisé, mais à la condition qu’ils le fassent de manière économique. Ne dépensons pas plus que cela nous rapportera !
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A. Conté
- Comment expliquez-vous la recommandation à la hausse du prix du lait, proposée par l’interprofession laitière au premier trimestre 2008 ?
La réforme de Luxembourg (réforme de la Pac en 2003, ndlr) a déstabilisé le secteur laitier et entraîné une baisse de prix pour l’ensemble des producteurs laitiers européens. Ajoutez à cela le découplage, d’où un certain nombre de producteurs qui ont choisi d’arrêter leur activité en Europe.
Aujourd’hui, la consommation mondiale ne cesse de croître en raison de l’augmentation de la population mondiale et des taux de croissance dans les pays émergents. Dans le même temps, la capacité de production ne suit pas, situation qui s’explique par des sécheresses en Océanie et la concurrence des biocarburants. Résultat, la conjoncture mondiale et européenne est à des niveaux jamais atteints. Les industriels laitiers sont inquiets de la sûreté de leurs approvisionnements. Ils sont donc enclins à redistribuer une partie de cette valeur aux producteurs. Le phénomène est européen.
- Cette hausse du prix ne justifie-t-elle pas la proposition de la Commission européenne de supprimer les quotas laitiers en 2015 ?
Les perspectives à moyen et long termes du secteur sont plutôt bonnes. Néanmoins, nous savons que les marchés seront de plus en plus volatiles. Il y aura donc des bonnes années et des mauvaises. Cette volatilité n’est bonne ni pour les producteurs, qui ont besoin d’une certaine stabilité et prévisibilité, ni pour le consommateur : la baisse du prix au producteur n’a pas entraîné de baisse à la consommation. En revanche, la hausse au producteur se répercute par une baisse du prix au consommateur. Tout le monde a donc besoin d’une certaine forme de régulation et les quotas le permettent.
D’autre part, les quotas permettent, par une gestion administrée, de rééquilibrer le rapport de force entre producteurs et industriels. Supprimer les quotas, c’est redonner du pouvoir aux entreprises ; le lait doit quitter les exploitations tous les deux ou trois jours. La suppression des quotas serait une erreur, il est possible de les rendre plus flexibles pour s’adapter aux évolutions du marché.
- Quelle alternative proposez-vous à l’éventuelle suppression des quotas ?
Il faut imaginer un système qui permette d’atteindre deux objectifs : une certaine régulation et un équilibre de pouvoir au sein de la chaîne alimentaire. Une contractualisation équilibrée entre des groupes de producteurs et les entreprises, avec des notions de durée, de volume et de prix, nous paraît la voie à privilégier dans la réflexion. Parallèlement, une interprofession capable d’éclairer les acteurs de la filière sur l’économie laitière, pour permettre des discussions sereines et responsables, devrait compléter le dispositif.
- Quels conseils donnez-vous aux producteurs pour la fin de campagne 2007-2008 en terme de production ? Notamment après les assouplissements sur les quotas décidés récemment par l’Office de l’élevage.
La sous-réalisation française actuelle et la bonne tenue des marchés ont permis un assouplissement des règles de gestion des quotas. Les producteurs doivent donc saisir l’opportunité de produire plus avec un prix revalorisé, mais à la condition qu’ils le fassent de manière économique. Ne dépensons pas plus que cela nous rapportera !
Par ailleurs, n’oublions pas que ces mesures sont conjoncturelles et qu’elles n’engagent en rien ce qui sera fait sur la campagne suivante. Il est donc important que les producteurs puissent agir à tout moment à la fois sur le frein et sur l’accélérateur
L’interprofession laitière a proposé une recommandation à la hausse record du prix du lait payé aux producteurs pour le premier trimestre 2008, de + 103,7 euros pour 1 000 litres de lait par rapport au prix payé au premier trimestre 2007. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) « se félicite » d’une évolution « indispensable », due « aux tensions exceptionnelles sur les marchés », explique-t-elle dans un communiqué. Après plusieurs années de baisse du prix du lait et une inversion de tendance en 2007 (+ 7,7 %), la FNPL estime que le prix de 2008 va « enfin permettre une amélioration du revenu » des éleveurs. En 2007, le revenu des producteurs laitiers a reculé de 4 % selon les derniers comptes de l’agriculture, en raison notamment de la hausse de leurs charges (aliments du bétail, engrais, énergie…).
La réforme de Luxembourg (réforme de la Pac en 2003, ndlr) a déstabilisé le secteur laitier et entraîné une baisse de prix pour l’ensemble des producteurs laitiers européens. Ajoutez à cela le découplage, d’où un certain nombre de producteurs qui ont choisi d’arrêter leur activité en Europe.
Aujourd’hui, la consommation mondiale ne cesse de croître en raison de l’augmentation de la population mondiale et des taux de croissance dans les pays émergents. Dans le même temps, la capacité de production ne suit pas, situation qui s’explique par des sécheresses en Océanie et la concurrence des biocarburants. Résultat, la conjoncture mondiale et européenne est à des niveaux jamais atteints. Les industriels laitiers sont inquiets de la sûreté de leurs approvisionnements. Ils sont donc enclins à redistribuer une partie de cette valeur aux producteurs. Le phénomène est européen.
- Cette hausse du prix ne justifie-t-elle pas la proposition de la Commission européenne de supprimer les quotas laitiers en 2015 ?
Les perspectives à moyen et long termes du secteur sont plutôt bonnes. Néanmoins, nous savons que les marchés seront de plus en plus volatiles. Il y aura donc des bonnes années et des mauvaises. Cette volatilité n’est bonne ni pour les producteurs, qui ont besoin d’une certaine stabilité et prévisibilité, ni pour le consommateur : la baisse du prix au producteur n’a pas entraîné de baisse à la consommation. En revanche, la hausse au producteur se répercute par une baisse du prix au consommateur. Tout le monde a donc besoin d’une certaine forme de régulation et les quotas le permettent.
D’autre part, les quotas permettent, par une gestion administrée, de rééquilibrer le rapport de force entre producteurs et industriels. Supprimer les quotas, c’est redonner du pouvoir aux entreprises ; le lait doit quitter les exploitations tous les deux ou trois jours. La suppression des quotas serait une erreur, il est possible de les rendre plus flexibles pour s’adapter aux évolutions du marché.
- Quelle alternative proposez-vous à l’éventuelle suppression des quotas ?
Il faut imaginer un système qui permette d’atteindre deux objectifs : une certaine régulation et un équilibre de pouvoir au sein de la chaîne alimentaire. Une contractualisation équilibrée entre des groupes de producteurs et les entreprises, avec des notions de durée, de volume et de prix, nous paraît la voie à privilégier dans la réflexion. Parallèlement, une interprofession capable d’éclairer les acteurs de la filière sur l’économie laitière, pour permettre des discussions sereines et responsables, devrait compléter le dispositif.
- Quels conseils donnez-vous aux producteurs pour la fin de campagne 2007-2008 en terme de production ? Notamment après les assouplissements sur les quotas décidés récemment par l’Office de l’élevage.
La sous-réalisation française actuelle et la bonne tenue des marchés ont permis un assouplissement des règles de gestion des quotas. Les producteurs doivent donc saisir l’opportunité de produire plus avec un prix revalorisé, mais à la condition qu’ils le fassent de manière économique. Ne dépensons pas plus que cela nous rapportera !
Par ailleurs, n’oublions pas que ces mesures sont conjoncturelles et qu’elles n’engagent en rien ce qui sera fait sur la campagne suivante. Il est donc important que les producteurs puissent agir à tout moment à la fois sur le frein et sur l’accélérateur
Prix du lait : Recommandation à la hausse pour le 1er trimestre 2008
L’interprofession laitière a proposé une recommandation à la hausse record du prix du lait payé aux producteurs pour le premier trimestre 2008, de + 103,7 euros pour 1 000 litres de lait par rapport au prix payé au premier trimestre 2007. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) « se félicite » d’une évolution « indispensable », due « aux tensions exceptionnelles sur les marchés », explique-t-elle dans un communiqué. Après plusieurs années de baisse du prix du lait et une inversion de tendance en 2007 (+ 7,7 %), la FNPL estime que le prix de 2008 va « enfin permettre une amélioration du revenu » des éleveurs. En 2007, le revenu des producteurs laitiers a reculé de 4 % selon les derniers comptes de l’agriculture, en raison notamment de la hausse de leurs charges (aliments du bétail, engrais, énergie…).