Viande bovine
La vente directe : un facteur de réussite
C’est sur les pavés encore chauds de 1968 que Michel Guérin est entré à la poste. Mais le facteur a déposé définitivement sa sacoche en 2000 pour se consacrer exclusivement à l’élevage de son troupeau de Limousines et à la commercialisation en direct d’une cinquantaine de bêtes par an.

La vente directe n’est sans doute pas la réponse universelle à la crise bovine. Certaines réussites méritent cependant le détour. Michel Guérin, éleveur de Limousines (Côtes d’Armor) au parcours atypique, nous ouvre les portes de son exploitation.
En bio et en 4 X 4
Au volant de son 4 X 4 et longeant ses prairies, Michel Guérin assume parfaitement son choix de l’AB (Agriculture Biologique). “Le bio, ce n’est pas faire marche-arrière. Au contraire, c’est aller de l’avant”. Et avec un pick-up, ça va plus vite ? “Il faut travailler avec les outils modernes. Mon 4 X 4, c’est pour tirer le van !” Notre homme se plaît à dépoussiérer les clichés établis. Dans un système simple, pâturage l’été et foin l’hiver, on pourrait s’attendre aussi à un parc matériels réduit à sa portion congrue. C’est le contraire. “J’ai tout ce qu’il faut et en grande largeur”, commente-t-il avant d’insister : “tout ce que j’ai, je l’ai gagné”.
Gros travailleur, Michel Guérin, a toujours été un pluri-actif. Parallèlement à son métier de facteur, il a été “femme de ménage (sic), pompiste, fleuriste, patron de PMU...” Travailler plus pour gagner plus selon la formule idoine et pouvoir enfin acheter une ferme. Un rêve de gosse pour ce petit-fils de meunier qui n’a pas pu œuvrer dans la farine. Une ferme puis une autre ! Ce qui n’a été du goût de tous dans le Landerneau Costarmoricain où la double activité est parfois mal vécue en campagne. La pression foncière y exacerbe souvent les esprits. Mais Michel est tenace. Il a ses principes aussi. Passionné de cyclisme, il aime citer Louison Bobet: “si tu veux gagner de l’argent, tu ne gagneras pas de courses. Si tu veux gagner des courses, tu gagneras de l’argent”. Une autre façon de réaffirmer que la charrue, ça se met derrière les bœufs, pas devant.
50 bêtes par an
C’est en 1994, qu’encore postier donc, Michel Guérin rachète la ferme de ses beaux-parents. 23 ha et 23 animaux dont il va garder la suite. En 2000, adieu les PTT. Il enfile définitivement les bottes à la tête d’un cheptel de 237 bêtes et se lance dans la vente directe. Il commercialise notamment via BVB (Bretagne Viande Bio).
En 2002, l’offre de services TEBA avec le sous-vide va doper les ventes. Désormais, il livre outre des particuliers, des restaurants, des collectivités, des magasins (5 Biocoop) mais aussi deux bouchers. Pour les bouchers, c’est en carcasse. Pour ses autres clients : menu à la carte Du côté des cantines scolaires, c’est surtout steaks hachés, chipolatas, merguez. De bœuf bien sûr et bio en plus. Une cinquantaine de bêtes par an est ainsi abattue et en partie conditionnée et transformée par TEBA.
Michel Guérin s’essaye depuis cette année au veau de lait. Tous les mâles, entre 4 et 6 mois, vont emprunter cette filière courte. Une réponse à la castration chimique qui ne le satisfait pas. “Les élastiques, ça marchait bien pourtant”. S’il manque d’animaux adultes, génisses ou vaches de réformes, il achètera sur pied chez un collègue bio.
Plus de 6 e/kg
Si l’on en croit notre éleveur, en circuit court et vente directe, chacun s’y retrouve. Pour la ménagère, l’entrecôte, c’est 18 e/kg. Le pot-au-feu : 6 e/kg. “En bio, je suis moins cher que la grande distribution. Les intermédiaires appliquent des coefficients multiplicateurs de plus en plus importants”. Une tendance qui semble s’accélérer avec la baisse des volumes de vente. Côté producteur, la plus-value double quasiment. Michel Guérin sort au hasard une facture de son classeur. “6,85 e/kg de carcasse (TTC) pour cette bête vendue à un boucher”. Bien sûr, ce n’est pas du net. Il lui reste à payer l’abattage et le transport. Mais, en face, la cotation officielle en circuit traditionnel navigue autour des 3 e selon la catégorie.
Rester en circuit court
L’avenir est-il cependant aussi serein qu’on pourrait le penser ? “Si la grande distribution prend la main sur le bio, c’est mort, prévient Michel Guérin. Le bio doit rester en circuit court. Il ne faut pas banaliser le produit”. Si ce n’est pas en vente directe, il doit passer par des magasins spécialisés ou des petits commerces. Et les AMAP(1) ? “Trop petit. Il faut penser une organisation à une autre échelle”, prône-t-il. Il a son modèle en tête. Un modèle
qui sans opposer les genres, la viande conventionnelle pourrait d’ailleurs l’adopter, remettrait le producteur au cœur névralgique des décisions. “Il faut monter toute une organisation avec un fonctionnement très simple plutôt que de laisser les industriels prendre le marché”, plaide-t-il.
En attendant, Michel Guérin va s’essayer aux plats cuisinés que propose Teba Traiteur. “Partout où j’ai fait goûter les rillettes de bœuf, on m’en demande”, soutient-il.
(1) : les Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne sont destinées à favoriser l'agriculture biologique . Le principe est de créer un lien direct entre paysans et consommateurs, qui s'engagent à acheter la production de celui-ci à un prix équitable et en payant par avance.