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L’agriculture au cœur de l’emploi et du territoire
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Accompagner les actifs agricoles en place, accompagner les futurs actifs agricoles et développer les compétences. Tels sont les 3 enjeux principaux de la feuille de route qu’ont co-signé la FRSEA et l’Etat avec la CRAN pour organisme relais.

Rémy Bréfort, directeur régional du Travail de l’Emploi et de la Formation Professionnelle a souligné le caractère stratégique de l’emploi agricole “endogène et lié au territoire”. En d’autres termes, de l’emploi non délocalisable.
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Représentants des employeurs et représentants des employés pour un dialogue pragmatique : embaucher certes mais aussi pérenniser les emplois.
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La FRSEA (Fédération Régionale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) a signé avec l’Etat un accord cadre régional de mise en œuvre de l’EDEC (Engagement et développement des emplois et des compétences) sur la période 2007/2013, la CRAN (Chambre Régionale d’Agriculture) étant l’organisme relais du dispositif. Afin d’initialiser ce projet dans les meilleures conditions, sur des bases partagées et prospectives, il est apparu nécessaire aux partenaires de disposer en amont d’une étude de cadrage afin d’en-gager un programme d’actions adaptées. Les premiers résultats de cette étude ont été commentés, vendredi dernier, à l’occasion de tables rondes ayant pour thème central “Agriculture : enjeux et perspectives pour l’emploi agricole”.Main-d’œuvre : une ressource
C’est à Philippe Faucon qu’est revenue la charge de balayer les principaux enjeux en matière d’emploi agricole. “La main-d’œuvre est une ressource qu’il convient de valoriser sur l’exploitation”, a souligné en préambule le représentant des employeurs au sein de la FRSEA. Autre postulat de départ : “il faut dépasser la simple notion de masse de travail à effectuer”. Et d’insister aussi sur la formation des employeurs : “on n’apprend pas assez dans nos écoles à gérer les ressources humaines.”
L’évolution de la PAC, qui va confronter inexorablement l’agriculture aux réalités du marché, va obliger chaque agriculteur à affiner ses coûts de productions. Toute erreur en matière de salariat, dans un contexte de variabilité des métiers et de montée en puissance des compétences, risque de se payer cash.
Mais avant de créer de l’emploi, l’agriculture a besoin de plus de visibilité et de sérénité dans son revenu. “Embaucher pour licencier dans 6 mois, à quoi bon ?”, s’interroge Fabrice Heudier au nom des producteurs bovins. Et Jean Turmel, côté producteurs de lait, de lui emboîter le pas : “il y a des besoins qui ne sont pas satisfaits faute de revenu disponible”. Il existe certes des alternatives comme la création de sociétés mais “elles ont leurs limites. Je fais plus confiance au salariat”, admet finalement le vice-président de la FNPL.
A moins, comme le suggère Michel Legrand (président de la Chambre d’Agriculture du Calvados)), de faire appel à l’intérim. “Bien trop cher”, ont répliqué les représentants des employeurs et une proposition surprenante en un endroit où chacun s’est évertué à vanter les mérites des groupements d’employeurs et du salariat partagé.Pérenniser l’emploi
Même si sur le fond et sur la forme, embaucher n’est pas une mince affaire, le salariat est une réponse incontournable à la restructuration agricole. Henri Pomikal, céréaliculteur dans le Calvados, s’y est adapté. “J’avais plusieurs choix, explique-t-il. Simplifier mon système d’exploitation pour éviter l’embauche ou multiplier mes cultures et embaucher”. La seconde hypothèse l’a emporté et, rétrospectivement, l’analyse est sans ambages. “Il faut voir l’emploi comme un investissement. Quand on n’a qu’un salarié, capable de vous remplacer sur tous les travaux, il devient un partenaire. A contrario, si vous êtes seul sur votre exploitation, vous devenez très vulnérable”. Paroles de patron qui reçoivent un écho très favorable du côté des syndicats de salariés.
Mais tous les salariés ne peuvent pas devenir des collaborateurs. L’agriculture a besoin aussi parfois d’une main-d’œuvre peu qualifiée (à former quand même quelques heures) et temporaire. Pas facile à recruter quand l’écart de rémunération avec les minima sociaux est faible. Minima français car en Allemagne, on se pose moins de questions en faisant appel à une main-d’œuvre polonaise, dénoncent les légumiers.
Mais si on arrive quand même à recruter, comment fidéliser cette force d’une année sur l’autre ? “Comment se trouver un avenir dans la précarité ?”, répond la CFDT.
Dialogue et pragmatisme
En l’absence de réponses toutes faites et de modèle unique, ces travaux auront permis de privilégier le dialogue et le pragmatisme. Ils mettent en exergue également le bon niveau du dialogue social entre les différents partis, a insisté Françoise Chardine (présidente de l’AREFA). L’agriculture défend ses valeurs. “On sait encore prendre le café à 10 heures pour dialoguer avec ses gars,” a illustré Denis Mousset (employeur dans l’Orne). Elle balaie aussi devant sa porte. “Employer des gars pour curer l’étable à la main, c’est fini”, insiste Fabrice Heudier. Reste à l’administration d’en faire autant. Car même si elle affiche de la bonne volonté, “il y a un énorme effort de simplification à réaliser”, s’accordent à réclamer les protagonistes de l’emploi. L’autre vœu émis, c’est la mutualisation des services de remplacement préférée à l’intérim.