Jean-louis Danlos, Président de la Coopérative Elle & Vire
Laisser la possibilité à ceux qui peuvent produire plus, de produire plus
Jean-louis Danlos, Président de la Coopérative Elle & Vire
La conjoncture laitière vue par un président de coopérative qui veut faire bouger les curseurs.

L’accord de Luxembourg a changé le contexte. Nous sommes alors entrés dans une frilosité d’organisation. Alors que nous étions dans un dispositif de maîtrise de la production avec les quotas, nous en sommes sortis en surmaîtrisant car il nous manquait les outils de soutien.
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TG
Quel constat faites-vous de la conjoncture laitière actuelle ?
J’estime que la France a perdu son rôle. Elle s’enferme. La France laitière n’est plus force de proposition, d’initiation et de structuration de la filière.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
L’accord de Luxembourg a changé le contexte. Nous sommes alors entrés dans une frilosité d’organisation. Alors que nous étions dans un dispositif de maîtrise de la production avec les quotas, nous en sommes sortis en surmaîtrisant car il nous manquait les outils de soutien.
Avec quelles conséquences ?
Ce bilan, c’est 4 années de sous-réalisation avec un - 3 % l’an dernier. On a baissé la garde.
Mais cet inversement de tendance au niveau de la conjoncture laitière était-il prévisible ?
Oui, la situation tendue que nous vivons aujourd’hui était prévisible, mais nous n’avons pas su allumer les clignotants. La sécheresse en Australie, la production Argentine qui baisse, l’Inde qui ferme son export poudre de lait vers l’Asie du sud/est (...), autant d’éléments qui auraient du nous amener à anticiper.
Anticiper, ça voulait dire quoi ?
Nous aurions du amener l’interprofession à augmenter les allocations en fin de campagne et imaginer un dispositif d’assouplissement des pénalités. Nous avons laissé le train passer alors que nous aurions du nous battre pour que la France honore son quota. Je comprends aujourd’hui l’amertume de certains producteurs.
Qui doit porter le chapeau ?
La responsabilité est collective mais cette crise doit nous amener à reconsidérer l’organisation de notre filière laitière. Une organisation qui a souvent fait preuve d’efficacité mais qui, dans le contexte de ces derniers mois, n’a pas totalement rempli son rôle.
Vous avez la dent dure mais au bout du compte le prix du lait augmente, c’est plutôt une bonne nouvelle ?
Bien sûr que c’est globalement une bonne nouvelle, mais il ne faut pas oublier le rôle nourricier de l’agriculture. Le consommateur doit pouvoir se nourrir à un prix acceptable. Attention donc à un éventuel retour de balancier.
Que proposez-vous concrètement aujourd’hui ?
La coopérative Elle & Vire n’a pas plus de solutions que les autres. Nous pensons cependant que s’il faut respecter collectivement notre quota, il faut laisser la possibilité à ceux qui peuvent le faire de produire plus. Il faut aussi tout mettre en œuvre pour répondre à la hausse de la consommation des produits laitiers au niveau mondial en étant conquérant sur ces nouveaux marchés.
Il manque cependant à ce jour 150 000 vaches ?
C’est vrai à l’échelon hexagonal. Mais si on assouplit le système de pénalités, on peut retrouver certaines marges de manœuvres, notamment au niveau d’un bassin de production comme le Grand Ouest et plus particulièrement en Basse-Normandie. Il est de notre responsabilité de faire bouger les curseurs actuels.
Ce que vous prônez, c’est plus de libéralisme ?
C’est un mot que je n’aime pas et qui parfois me fait peur. Nous agissons dans un cadre européen qui nous laisse un peu de souplesse au niveau français. Ne soyons donc pas trop frileux mais ce n’est pas du libéralisme. On ne peut pas conjuguer le libéralisme avec des notions comme la sécurité alimentaire ou la sécurité sanitaire. La filière lait dépend de nombreux aléas dont l’aléa climatique. On ne peut donc pas travailler en flux tendu. Il nous faut visibilité et lisibilité autant pour les producteurs que pour les collecteurs et transformateurs.
Propos recueillis par Th. Guillemot