Consommer local
Les paniers relient campus et campagne
Si les étudiants mangent mal, ils sont aussi plus nombreux à être sensibles à leur alimentation. A Caen, une start up se monte pour livrer des produits frais et locaux dans les campus.
Si les étudiants mangent mal, ils sont aussi plus nombreux à être sensibles à leur alimentation. A Caen, une start up se monte pour livrer des produits frais et locaux dans les campus.

Les étudiants sont les plus touchés par la malbouffe : en 2015, 35% d’entre eux estimaient avoir une alimentation déséquilibrée. Adeptes de burgers et autres kebabs, les 18-25 ans consomment très peu de fruits et légumes. A Caen, cinq étudiants en informatique lancent un service de livraison de paniers de produits locaux à leur intention.
Un projet d’études incubé au Village by CA
Jeune pousse hébergée par Le Village du Crédit agricole à Caen, Pré de nous est née en novembre 2019. « En Licence 3, dans le cadre de la matière Créativité logicielle, on devait trouver une idée, l’amener à un stade avancé pour un concours de pitch en février 2020, puis le proposer en mars au salon du crowdfunding du Crédit agricole », retrace Robin Gallis. « On a obtenu les 1er et 2e prix, on s’est dit que notre projet, il y avait moyen de le développer ». Les étudiants sont approchés par le directeur du Village, Guillaume Berranger, qui leur propose d’incuber le projet et d’accueillir l’équipe dans les locaux de Colombelles gracieusement à partir d’août 2020.
Partager ses recettes sur un forum communautaire
L’idée de Pré de nous est simple : « permettre la livraison de produits locaux dans les cités universitaires, les campus et aussi les entreprises proches de Caen ». Avant de se lancer, Robin Gallis, Pierre Mourand, Lucie Lepetit, Etienne Lemière et Corentin Pierre réalisent une étude. Le résultat leur apprend que le panier hebdomadaire moyen d’un étudiant est de 40 euros, « avec des variations très fortes entre 10 et 100 euros », enseigne Robin Gallais. Ils en déduisent qu’il leur faudra créer deux gammes de paniers. Ils font démarrer le premier à 8€, « pour trois ou quatre repas », estime l’étudiant, bien que le panier, « ne remplace pas toute l’alimentation ». L’étude, qui porte sur 150 personnes, montre aussi que « 80% des étudiants ne cuisinent pas parce qu’ils n’ont pas d’idée ou le temps ». Pour y remédier, Lucie Lepetit prépare des recettes, à faire avec les produits du panier. L’objectif à terme est de créer un forum communautaire, « c’est ce qui les intéresse, partager ce qui a pu être fait au sein d’une communauté ».

Dix-neuf producteurs dans un rayon de 50 km
Pour réduire les coûts, l’équipe prend la logistique en charge, « on va chercher les produits chez le producteur, maximum à 50 km, on les met dans les paniers et on les livre. Il n’y a qu’un seul intermédiaire ». Les étudiants ont sollicité un à un dix-neuf producteurs partenaires, « le plus difficile a été de convaincre le premier », admet Robin Gallais. Ce sont eux qui fixent le prix de leurs produits, les startupeurs les forment pour saisir leur production disponible sur le site. Au campus, la livraison se fait auprès d’associations étudiantes. Pré de nous a élargi son concept aux salariés, « avec une gamme autour de 30€, soit pour cinq, six repas ».
Un lien avec l’agriculture
L’opération vise aussi à relier les étudiants avec la vie agricole, « à côté de la recette, on met une interview d’un producteur », détaille Robin Gallais. Un souci qui vient de ses origines, « mes grands-parents étaient agriculteurs près d’Alençon, je me souviens qu’ils faisaient une réduction aux Alençonnais ». L’idée des paniers frais, « j’aurais bien aimé l’avoir en tant qu’étudiant ». Les deux premiers tests ont été « assez concluants », selon Robin Gallais, « on sait qu’on pourra proposer jusqu’à cinq paniers différents ». Quelques soucis techniques ont été repérés, « mais pas de plantage lors du pic de commande », se réjouit l’étudiant. Pour le paiement, on pourra bénéficier d’un module créé par le Crédit agricole quand l’entreprise sera créée.