L'expérimentation s'ouvre le 8 juin
A Jort, les établissements Lepicard et la Chambre
d'agriculture du Calvados ont mis en place une plate-forme expérimentale. L'objectif est de mutualiser les coûts et les connaissances respectives des deux structures. Blés, colza, orges, lin d'hiver et de printemps, maïs et CIPAN y sont observés. Avec les fongicides, la fertilisation minérale et les essais variétaux, 150 modalités sont testées.

Explications de Vincent Degoisez, responsable expérimentation et marchés semences / phytos des établissements Lepicard.
>> Quel était votre cahier des charges lorsque vous avez construit cette expérimentation ?
Pour les céréales et les orges, nous voulions voir les variétés les plus performantes en termes de quantités et de qualité, notamment sur l'aspect protéine. Nous nous posons des questions également au niveau du désherbage. C'est devenu une problématique majeure dans la région.
>> L'idée est-elle toujours de réduire les doses ?
Pas uniquement. Nous cherchons les meilleures associations de produits afin d’être plus efficace.
>> Sur la question des protéines qui inquiète les collecteurs, quelles solutions testez-vous ?
Plusieurs leviers d'actions existent. La dose d'azote est le premier levier. Mais, la forme de l'azote a également une influence. En fin de cycle, l'ammonitrate ne révèle plus efficace que la solution azotée. Le fractionnement est un autre levier. Garder une quarantaine d'unités pour le dernier apport semble pertinent. La fertilisation foliaire peut aussi booster le transfert de l'azote des feuilles vers les grains. Et bien sûr, nous avons testé l'effet variétal. Les semenciers observent le marché. À nous de leur faire remonter les bonnes informations.
>> Quel premier bilan tirez-vous ? Et quelles informations ferez-vous remonter aux semenciers ?
À l'automne, nous avons eu une forte pression des altises sur le colza. Nous avons pu la contenir. Les altises sont désormais une problématique majeure. Mais le blé a été attaqué par la jaunisse. Les semenciers auraient sans doute un intérêt à créer une variété résistante à la jaunisse, comme cela existe en orge d'hiver. La parcelle a également été atteinte par la septoriose et un peu de rouille jaune.
>> Des structures, comme Arvalis, mènent de nombreux essais. Quelle est la motivation d'une entreprise privée pour mener ses propres essais ?
Nous adaptons nos propres protocoles. Par exemple, nous testons un mélange de variétés de blé. L'idée n'est pas de court-circuiter Arvalis, mais de disposer d'informations complémentaires avec des références locales.
>> Vos essais s’étendent également au lin d’hiver ?
Oui, c’est une nouvelle thématique à travailler. Il y a un intérêt dans les petites terres qui craignent plus les sécheresses en fin de cycle. Avec sa précocité, le lin d’hiver peut être une solution. Nous avons observé des variétés et des solutions de désherbage. Nous constatons que certains essais sont plus sensibles à la verse que d’autres.
>> Du maïs sous plastique a aussi été semé. Cette solution peut-elle réellement revenir à la mode ?
Il s’agit de maïs SAMCO. Quelques entrepreneurs de la région sont équipés. Cet essai met en évidence des différences de rendement. En fourrage, on peut l’estimer à 4 tonnes de matière sèche à l’hectare. La bâche se dégrade nettement mieux que par le passé, sous l’effet de la lumière et l’oxygène. Pour les liniculteurs, le risque existe de retrouver résidus de plastique en surface et dans le sol.