Olivier Borel (président de la FDSEA de l'Orne)
Oui à la confrontation des idées
Olivier Borel a assisté, dépité, au saccage du stand de la FNSEA (mardi 14 septembre au SPACE de Rennes) . Il participait le lendemain à une opération de stickage viande bovine dans les Carrefour et Leclerc d’Alençon. “Oui à la confrontation d’idées et aux manifestations utiles,” défend le président de la FDSEA de l’Orne. Une façon d’exprimer son désaccord avec une épreuve de force fratricide entre agriculteurs.

En quoi l’accord “lait” du 18 août est-il un bon accord ?
Ç’est une avancée car il confirme l’accord du 3 juin 2009 et donne de la lisibilité jusqu’au 31 décembre. Par ailleurs, il apporte des bases de travail pour 2011 avec une grille reconnue par tous les partenaires de l’interprofession. Cette grille doit permettre d’apporter un revenu à nos producteurs de lait.
A propos de cette grille, Confédération paysanne, Coordination rurale, Aplistes (...) considèrent que les coûts de production français doivent être intégrés dans le dispositif. Vous ne pouvez pas être contre ?
On ne peut qu’être d’accord et il y a un indicateur dans cet accord du mois d’août. Il existait déjà à travers IPAMPA. Alors bien sûr qu’en 2011, les négociations devront tenir compte des coûts pour produire un litre de lait. Nous avons sur le sujet des références nationales.
Ces coûts de production, au niveau de l’exploitation, vont encore augmenter ?
Les effets cumulés de la sècheresse et de l’augmentation du prix des concentrés auront un impact négatif indéniable. La problématique des coûts de production, c’est forcément un dossier complexe. Ils sont déjà très différents d’une exploitation à l’autre : un jeune par rapport à un laitier qui est en vitesse de croisière, une mise aux normes chez l’un alors que celle de son voisin est amortie. Ils varient aussi en fonction de la situation foncière, territoriale (le Pays d’Auge n’est pas le Bocage)... L’approche “coûts de production”, dès le départ, n’est pas juste entre producteurs.
Les opérations de stickage, toutes productions confondues, se multiplient ces dernières semaines. C’est plus efficace qu’une benne de fumier devant les grilles d’un industriel ou celles de la grande distribution?
Quand nous manifestons de cette façon, on nous répond : “on a l’habitude de vous voir devant nos entreprises, on fera avec”. Alors le syndicalisme évolue. Nous sommes dans une société d’image et les entreprises veillent à la leur et à celles de leurs marques. Quand nous venons à la rencontre du consommateur, via par exemple ces opérations de stickage non pas pour détruire mais pour apporter une information complémentaire sur un produit, ça interpelle forcément les industriels et la distribution. C’est une façon de faire du syndicalisme qui convient à mes principes. On ne manifeste pas pour se faire plaisir. On manifeste “utile”. Ça porte ces fruits. Attention quand même à ne pas tomber dans le tout stickage.
Sur le plan juridique, où en êtes-vous dans vos déboires avec Lactalis ?
La procédure se poursuit mais je reste confiant en notre justice. J’estime que les agissements de Lactalis s’apparentent à une entrave à l’action syndicale.
Même pas peur alors ?
C’est inquiétant quand même. On nous réclame 300 000 e dont une grosse partie sur la tête de responsables professionnels : Manuella Belliard, Jean-Claude Chauvin, Cédric Bérard et moi-même.
Le cours des céréales s’est envolé et, avec lui, le prix des aliments par ricochet. A quand une contractualisation entre producteurs et utilisateurs de céréales qui permettrait d’éviter ces coups de balancier ?
Un tel dispositif est effectivement à mettre en place car la volatilité des prix ne profite, à moyen terme, ni aux éleveurs ni aux céréaliers. Cette envolée est peut-être bonne pour quelques spéculateurs mais la moyenne du blé commercialisé dans le département de l’Orne pour l’année en cours devrait se situer aux alentours de 150 e.
Concrètement, il serait plus juste et constructif d’imaginer une contractualisation entre un gros consommateur de céréales et ceux qui la produisent. Ça sécuriserait les apports “aliment du bétail” à un niveau de prix supportable dans les fermes tout en garantissant un débouché rémunérateur au fabricant et bien sûr aux céréaliers.
Le travail qui a été engagé dans ce sens par ORAMA doit aller plus loin. Il ne faut pas cependant se voiler la face. Certains seront toujours tentés par les marchés à terme qui sont l’expression même de l’égoïsme et pas celle de la construction logique d’une filière. Il faut donc trouver les bons équilibres en réponse à la volatilié des cours provoquée par le désengagement de Bruxelles et le démantelement des outils de régulation.
Un commentaire particulier sur le saccage des stands de la FNSEA et du CNIEL mardi 14 septembre au SPACE ?
J’y étais ! Ça m’a désolé, qu’entre agriculteurs, on se batte sous l’œil amusé d’industriels laitiers. Il y a toujours eu, entre structures syndicales, le respect des actions menées. Qu’il y ait des différences, c’est logique et naturel. Nous avons la chance d’habiter un pays où chacun peut s’exprimer librement. Il ne m’est jamais venu à l’idée de saccager un stand de la Confédération Paysanne ou de la Coordination Rurale. C’était vrai aussi dans l’autre sens jusque là. Je suis donc surpris par ce qui s’est passé. Ce saccage : pour quel résultat ? La filière en sort-elle grandie ? Jusqu’où vont-ils aller ? Quelles sont les réelles motivations ? Je ne fais pas de syndicalisme pour que les agriculteurs se battent entre eux. La cible ne doit pas être la FNSEA.
Les syndicats minoritaires font le forcing pour siéger dans les interprofessions. Ce n’est pas négociable ?
Il faut distinguer le domaine public du privé. Via les élections Chambre d’Agriculture, toutes les tendances sont représentées auprès des pouvoirs publics. Ensuite il y a les statuts des interprofessions, dont l’interprofession laitière, de droit privé.
Avant le SPACE, j’aurai dit, et Henri Brichart (NDRL : le président de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait) l’a fait : “rencontrons les syndicats minoritaires pour évoquer la conjoncture”. C’est une démarche intelligente. Il existe des lieux de rencontre pour discuter autour de la table. Après, le syndicat majoritaire joue son rôle de porte-parole au sein de l’interprofession.
Maintenant, avec ce qui s’est passé à Rennes, je ne sais plus ce qu’il faut faire. Si c’est se mettre autour de la table pour une confrontation sans idées et, qu’au final, c’est celui qui a les plus gros déménageurs qui fera le plus parler de lui, ça n’aboutira à rien de constructif pour les agriculteurs. Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel on veut participer au débat.
Olivier Borel et les coûts de production
“Il faut se méfier des coûts de production car on s’aperçoit que, quand le prix du lait est élevé , celui du matériel agricole grimpe en flèche aussitôt (15 à 20 % en un an), les intrants et l’aliment du bétail aussi (20 %)... Il ne faut donc pas que le serpent se morde la queue. Ce qui est important, c’est le delta entre le coût de production et le prix de vente du lait. En 2008, même avec un prix du lait moyen de 350 e, le département de l’Orne n’a en aucun cas augmenté son revenu. Tout est passé dans la hausse des consommations intermédiaires”.