Patrice Lepainteur (Président de la FDSEA du Calvados) : des mesures insuffisantes face à la crise
llll Crise agricole : Patrice Lepainteur, président de la FDSEA, fait le point sur les dernières actualités.

>> La FDSEA du Calvados a rassemblé la semaine dernière un conseil de crise. Quel était l’objectif de cette réunion ?
Le premier était de rassembler les OPA qui offrent des services aux agriculteurs pour partager avec elles nos analyses sur la situation des agriculteurs de notre département. Le deuxième était de prendre connaissance des mesures qu’elles étaient disposées à prendre pour aider les agriculteurs à franchir le cap difficile que nous connaissons.
>> Quel bilan en tirez-vous ?
Tout d’abord, nous avons noté l’attention portée par les OPA à la situation puisque presque toutes étaient là et nous nous sommes expliqués avec celles qui n’avaient pas pu être présentes. Chacune a pris des mesures : des aménagements, des exonérations ou des échéanciers. Certaines proposent de nouvelles mesures d’accompagnement. Je ne les détaille pas puisque l’Agriculteur Normand se fait régulièrement l’écho de ces décisions.
>> La profession se mobilise, que peut-on attendre des pouvoirs publics ?
Le Premier ministre a annoncé ce mardi un nouveau plan d’aide aux éleveurs, élargit aux productions végétales. Il a pris conscience de l’amplification de la crise. Malheureusement, si la mesure de cautionnement par l’État des prêts que les agriculteurs pourraient être amenés à souscrire est une bonne mesure, force est de reconnaître qu’elle ne suffira pas à passer la crise.
>> Ces aides sont parfois critiquées. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que l’on préférerait tous s’en passer. Il est évident que des prix au bon niveau permettraient à chacun de vivre et nous éviterait ce recours aux aides qui ne sont ni suffisantes ni satisfaisantes économiquement et intellectuellement.
>> Estimez-vous que le prix du lait obtenu par les organisations de producteurs livrant à Lactalis soit suffisant ?
Bien sûr que non. Mais on ne peut pas reprocher à ceux qui font quelque chose d’avoir obtenu une partie de leur réponse. Surtout quand cette critique vient de personnes qui n’ont, pour leur part, rien fait ni obtenu. Si les livreurs Lactalis perçoivent 10€/1000l de mieux que ce qui était prévu, cela représente 4000€ pour une exploitation de 400 000 litres. Ce n’est pas rien, car c’est net de charge ! Le rôle des responsables n’est pas de dévaloriser les acquis, car cela pèse encore plus sur le moral, déjà en berne, des producteurs. Notre rôle n’est pas de crier victoire, mais de valoriser les acquis pour ce qu’ils sont. L’expression du président de la chambre d’agriculture est, à cet égard, un très mauvais message, à mon avis, car les producteurs ont aussi besoin de voir que des choses sont faites pour eux. Et puis si certains pensent qu’ils peuvent obtenir plus, qu’ils ne se gênent pas, les producteurs attendent.
>> Vous avez reçu lundi dernier les parlementaires pour évoquer l’utilisation des produits phytosanitaires. Quel est le problème ?
Le problème est la réécriture précipitée par le ministère de l’Ecologie de l’arrêté de 2006 qui fixe les règles d’application des produits phytosanitaires. Les projets dont nous avons connaissance nous font craindre une forte réduction des surfaces cultivables et nous avons donc sensibilisé les parlementaires et l’administration départementale parce que nous pensons que ces relais peuvent être efficaces pour influencer l’action du ministère.
>> On est loin de la crise et du débat des prix agricoles…
Oui, mais faire du syndicalisme c’est aussi cela : se mobiliser sur tous les sujets qui touchent l’exercice de notre métier : l’économie, la politique agricole, mais aussi l’environnement réglementaire. A la FDSEA et aux JA, nous sommes dans l’action, pas dans le commentaire.