ELEVAGE
Préparer et réussir la mise à l’herbe de son troupeau allaitant
Les stocks fourragers se réduisent et il est donc judicieux de préparer au mieux la mise à l’herbe de ses bovins.

L'herbe sur pied est certainement l'aliment le mieux adapté et le plus économique pour nourrir les bovins allaitants. Au printemps, l'herbe seule permet des croissances quotidiennes de plus de 1 000 g. Cependant son exploitation requiert un véritable savoir-faire et doit être considérée comme une véritable culture. Même si des règles générales s'imposent, des adaptations en fonction des conditions climatiques de l'année sont nécessaires.
Gérer une bonne transition alimentaire
La transition entre la ration hivernale et la ration estivale doit être progressive. Il faut que la flore du rumen (panse) de vos animaux puisse s'adapter au nouveau régime alimentaire. En ration hivernale, notamment pour celle à dominante de maïs ensilage, les micro-organismes qui sont présents dans le rumen sont à dominante “amylolytique” (ration hivernale à base d'amidon). Inversement, avec les rations estivales, c'est de micro-organismes à dominante cellulolytique dont les ruminants ont besoin. Le pâturage apporte une ration riche en cellulose, sucres et azote. Une période d'adaptation à chaque changement de régime alimentaire est donc à prévoir afin que la nouvelle flore digestive s'installe dans le rumen.La transition alimentaire se fait généralement sur une période de 2 à 5 semaines. Plus la mise à l'herbe sera précoce, plus la transition alimentaire pourra être longue et progressive.
Les principales règles à respecter
- Transition alimentaire de 2 à 5 semaines.
- Les animaux seront d'abord sortis l'après midi lorsque leur panse est pleine.
- Une durée de pâturage de 2 à 3 heures par jour la première semaine est recommandée. Cette durée sera ensuite augmentée progressivement.
- Laisser de la paille et du foin en libre service dans les pâtures.
- Mettre à disposition des blocs de minéraux à lécher, riches en sel, magnésium, sélénium et iode.
A quelle date lâcher les animaux ?
Les premiers facteurs à prendre en compte sont la portance des sols, les aspects climatiques et la pousse de l'herbe. L'objectif prioritaire est dans tous les cas de réaliser une mise à l'herbe précoce pour ne pas se faire déborder lors de l'explosion de la pousse de l’herbe début mai.En premier lieu, il est conseillé de mettre dehors les animaux les moins sensibles aux conditions climatiques (génisses et bœufs de 2 ans) dès la fin mars, si les conditions climatiques le permettent. Dans le cas où la portance des sols n'est pas satisfaisante ou lors d'une pousse de l'herbe tardive, une surface importante doit être tout d'abord proposée à ces animaux. Ensuite vers le 15-20 avril, un ajustement est à entreprendre. La transition alimentaire des bovins s'étalant sur 3 semaines, la mise à l'herbe précoce des animaux leur permettra donc d'être prêt à profiter de la forte pousse du mois de mai. Progressivement, les autres animaux sortent et hors conditions exceptionnelles, tout le monde est au parc pour le 20/25 avril.
Prévenir les accidents et troubles alimentaires
- Il est primordial de tenir compte du risque de carence en magnésium, élément peu présent dans l'herbe jeune et humide. La mise à disposition de blocs à lécher riches en magnésium permet de prévenir les conséquences d'un manque en cet élément (problème locomoteur, baisse de production sont les symptômes de la tétanie d'herbage) qui peuvent aller jusqu'à la mort. Cette pathologie se rencontre qu’exceptionnellement chez les bovins de type viande.
- Dans les élevages touchés par la myopathie-dyspnée au lâcher ou appelé plus communément le raide des veaux, un apport de sélénium associé à de la vitamine E aura été réalisé avant la mise à l'herbe (solution injectable). Cette maladie se rencontre principalement chez les veaux et se traduit par une mort subite, une défaillance cardio-respiratoire ou un syndrome locomoteur caractérisé par une démarche raide évoluant vers un refus de se déplacer.
- Le risque d’entérotoxémie n’est pas à négliger. Cette maladie est à l’origine d’un déséquilibre de la flore microbienne dans la panse. Elle se rencontre chez les jeunes animaux. Elle se manifeste par la mort subite des animaux atteints qui intervient en moins de 24 heures. La vaccination préventive est fortement conseillée avant le lâcher des animaux.
Utiliser la technique du déprimage
Le déprimage consiste à faire pâturer tôt l’herbe avant le stade “épi à10 cm”, sur des parcelles destinées à la récolte de fourrage autrement dit, avant de couper les épis qui montent dans la gaine. L’épiaison n’est donc pas retardée avec le déprimage puisque la tige n’a pas été coupée durant la montaison. Cependant, les feuilles des graminées étant coupées par les dents de l’animal, les épis sortiront plus bas. Même si le rendement est quelque peu inférieur avec le déprimage, il peut être bénéfique pour la végétation. En effet, le tallage (densification du gazon) des graminées est favorisé et lors de la pousse suivante, les tiges sont moins hautes et plus appétentes. De plus, la proportion de feuilles augmente, ce qui rend la qualité du fourrage meilleure.
Quelques éléments fondamentaux
Au moment du lâcher des animaux, quelques éléments primordiaux sont à prendre en compte pour réussir la saison de pâturage à venir. En effet une bonne gestion et exploitation de l’herbe doit permettre :
- de ne pas gaspiller l'herbe au début de printemps ;
- de ne pas manquer d'herbe en été ;
- de constituer des stocks suffisants pour le prochain hiver ;
- de faire l'essentiel du gain de poids avec de l'herbe pâturée (croissance des jeunes et reconstitution des réserves corporelles des adultes) ;
- de maintenir la qualité des prairies.
Conséquences d’un lâcher trop tardif
- Un gaspillage par du piétinement ;
- des refus dans les parcs dès la mi-mai ;
- un manque d'herbe fin juin et donc un apport rapide de concentrés aux veaux, associé à des croissances moyennes.
1 640 € d’économie de frais alimentaires sur 2 semaines avec le pâturage précoce en avance la date à la mise à l’herbe de 15 jours
La ferme expérimentale d’Arvalis lâche ses 60 vaches suitées dès que la portance du sol et la météo le permettent.L’économie est estimée à près de 1 640 € correspondant à 8 tonnes de foin (120 €/t) et de 8.5 tonnes de paille (80 €/t). Ce sont autant de stocks non distribuée qui serviront pour l’automne et l’hiver prochain.