Conjoncture
Prix des intrants, prix des produits : le grand écart
Triste record pour l’année 2009 : l’écart entre prix agricoles et prix des intrants s’est creusé de près de 15 points sur l’année civile.

Ce différentiel, le “ciseau des prix” des économistes, atteint ainsi un niveau historique, jamais vu depuis 30 ans.
Le mouvement s’est produit sur trois ans
En 2007 la flambée des prix des produits avait donné de l’avance aux produits agricoles, en hausse de 18 % par rapport au niveau 2005, contre 9 % pour les intrants.
Flambée des prix des aliments et des engrais
Les prix agricoles ont été pratiquement rattrapés en 2008 par ceux des intrants, avec des niveaux 25 % plus élevés qu’avant flambée, pour les produits comme pour les consommations intermédiaires. La hausse très vive des prix végétaux s’est en effet propagée à contre-temps à deux catégories d’intrants, essentiels pour la région : vers l’aval, aux aliments, parce que fabriqués à base de céréales et d’oléagineux ; vers l’amont, aux engrais, parce qu’indispensables à ces cultures.
La flambée des prix agricoles est ensuite totalement retombée. Le mouvement était déjà bien engagé fin 2008, il s’est confirmé en 2009 : depuis le milieu de l’année, les produits agricoles normands sont en moyenne exactement au prix où ils étaient en 2005. La flambée des consommations intermédiaires, elle, a été décalée dans le temps de plus de 6 mois. En moyenne sur 2009, les intrants sont restés 17 % plus chers qu’en 2005, leur baisse ayant été à la fois plus tardive et moins rapide que celle des produits agricoles.
Un “ciseau des prix” historique
Sur l’année civile 2009, l’écart entre prix des produits et prix des intrants s’est donc creusé de près de 15 points. Et encore ce chiffre intègre-t-il des baisses du second semestre, dont l’effet économique n’est à prendre en compte que pour la campagne suivante (par exemple les achats d’engrais).
Un tel “ciseau des prix” est historique, il faut remonter aux années 70 pour retrouver un différentiel équivalent. D’un point de vue économique, l'avance prise en 2007 sur les marges, s'est donc réduite en 2008 et a été plus que reprise en 2009. Le retournement du ciseau des prix a surpris les exploitants et a fragilisé de nombreux comptes d'exploitation.Du point de vue du conseil, cette rétrospective montre que le suivi de la conjoncture, et les choix de gestion qui en découlent, doit sans doute intégrer une analyse prévisionnelle sur des cycles de plusieurs années.
Pour l’avenir, la question est de savoir s’il subsistera un écart permanent entre les prix des produits et les prix des intrants. Les prix des intrants ont reculé jusqu’en septembre 2009, mais semblent se stabiliser au dernier trimestre. En particulier les prix énergétiques, qui s’étaient normalisés en début d’année 2009, sont légèrement remontés au second semestre. Plus grave, certains engrais (surtout P et K) semblent avoir cessé de baisser, alors qu’ils restent à un niveau 25 à 30 % plus cher qu’avant flambée (2005-06).
Le “ciseau” semble donc stabilisé depuis un trimestre, avec 10 à 15 % de surcoûts par rapport à l’avant - flambée.
Une situation qui, si elle se pérennise, impliquera de mettre au point des stratégies plus économes et plus robustes face aux fluctuations des prix d’intrants.
Jean HIRSCHLER
Chargé d’études économiques
Groupe Prospective des Chambres d’agriculture de Normandie
La méthode
L’INSEE publie mensuellement des indices de prix des produits agricoles à la production (IPPAP) et des indices de prix d’achat des moyens de production agricole (IPAMPA). Les IPAMPA recouvrent les consommations intermédiaires mais aussi certaines charges de structure (au sens gestion) comme les carburants, l’entretien des matériels et bâtiments, les frais vétérinaires etc…
Ces indices sont ici pondérés par l‘importance de différentes productions et des principales charges dans l’économie agricole normande. Il en résulte un « IPPAP Normandie » et un « IPAMPA Normandie », à l’image de ce qui a été mis au point dans le domaine de l’élevage (« IPAMPA-lait » par exemple).