Producteurs CLE : une nouvelle formule de prix attendue
Depuis plusieurs mois, l’association des producteurs de lait CLE P&S Ouest a engagé des négociations pour aboutir à une nouvelle formule de prix. Une formule dite réactive et qui devrait permettre un prix plus rémunérateur. L’accord avec Savencia se fait attendre. Le président de l’OP, Denis Berranger, espère conclure avant l’été.

>> En se définissant comme vendeur de lait, et en nommant l’entreprise laitière votre client, est-ce un signe d’une reprise en main de la commercialisation du lait ?
On a toujours préconisé les avancées techniques à faire pour être au top. Mais il ne faut pas négliger la partie de la vente et du commerce. SI cela s’est détérioré, c’est peut-être parce que nous n’avons pas gardé la main. La contractualisation veut donner du pouvoir aux organisations de producteurs pour une reprise en main et avoir une discussion de partenariat, de vente et de commerce avec le transformateur.
>> L’OP a-t-elle aujourd’hui un rôle économique ?
On est complètement une organisation économique. On s’inscrit dans ce sens-là. Il faut qu’on change notre posture face au transformateur. C’est notre client. Nous sommes chefs d’entreprises, nous faisons des choix. Nous savons à qui on vend, nous savons à quoi va servir notre lait. On se doit d’être dans une posture de démarche clientèle et que nous n’ayons pas à subir les choses. Nous pouvons les faire les changer.
>> Avec d’autres organisations de producteurs, des échanges se créent. Est-ce pour une meilleure reconnaissance nationale ?
Nous travaillons à l’échelle locale mais aussi au niveau national avec l’OP Sunlait. Notre transformateur a une envergure nationale et internationale. Aujourd’hui, les discussions se font avec d’autres OP. Nous avons trouvé des synergies avec d’autres régions de France pour aller de l’avant ensemble et massifier l’offre. Cela nous permet d’avoir une discussion plus équilibrée ensuite avec Savencia. Nous avons aussi enclenché des échanges avec d’autres producteurs de différentes entreprises. Quand on parle de filière, de mise en marché, de productions, il est important de pouvoir partager la même vision. Il faut que les producteurs aient la main à l’échelle nationale voire européenne.
>> Ne pas descendre au-dessous de 300 €/ 1 000 l est primordial pour maintenir les exploitations ?
Concrètement, on attend toujours mieux. On appréhende toujours les périodes où les prix baissent. On est tous contraints à se serrer la ceinture. Mais sans les discussions, les prix seraient encore plus bas, nous en sommes convaincus. Les crises des dernières années ont fait apparaitre un seuil critique à ne pas atteindre pour sauver nos exploitations. Il faut aussi réussir à prendre en compte nos coûts de production pour sécuriser nos producteurs. Si nous ne faisons rien, dans cinq ans, le nombre d’adhérents risque de diminuer. Nous avons déjà vu une érosion. Sur la région de l’OP, on produit toujours plus. Les volumes sont croissants. Les producteurs qui sont partis ont été remplacés. Il y a eu des installations ou des regroupements.
On n’est pas sur une production intensive et industrielle mais plutôt familiale. Cette différenciation doit être valorisée, notre mode de production mérite un meilleur prix.
>> Gérer les volumes pour éviter de dépasser et par conséquent les pénalités, c’est votre demande auprès des adhérents ?
On gère mensuellement les volumes pour en avoir la maitrise, et ainsi fournir 100 % du volume contractualisé avec notre client. Avec les quotas laitiers, les volumes étaient à l’exploitation. Avec l’arrêt des quotas, nous avons opté pour une gestion collective et non individuelle. C’est notre vision que nous défendons auprès des adhérents. C’est certainement notre mode de fonctionnement qui a conduit 95 % des producteurs à adhérer à l’OP.
Ce fonctionnement nous permet d’influencer la production de nos adhérents et leur apporter une lisibilité sur six mois, sur un an. On se doit d’être à leur écoute de manière à pouvoir négocier par la suite avec l’entreprise. Nous savons qu’au niveau de l’OP, nous avons des évolutions de productions. A nous de voir avec l’entreprise pour répondre aux attentes des adhérents.
>> Depuis plusieurs mois, vous négociez une nouvelle formule du prix du lait. Pour quelles raisons ?
La nouvelle formule de prix intègre le mix-produit de l’entreprise, la réactivité et la prise en compte des coûts de production dans la détermination du prix du lait. C’est le principe de base que nous avons mis sur la table des négociations. Cela doit assurer la pérennité de nos exploitations, avoir un prix rémunérateur pour l’ensemble des acteurs de la filière et particulièrement pour les producteurs, avec la nécessité de répondre aux questions de volatilité et réactivité des marchés. Plus vite nous arriverons à trouver un accord, mieux ça sera. Et nous avons toujours espoir d’y arriver avant le mois de juin.