Quand le transport empoisonne 70 vaches laitières
Août 2008, les 70 vaches d'Yves Guillouet producteur de lait à Culey-le-Patry (14), meurent les unes après les autres . En cause : de la drêche de brasserie chargée en mine de plomb. L'affaire a été plaidée en première instance lundi à Caen.

Les faits sont incontestables et d'ailleurs incontestés par les différentes parties incriminées. Le 13 août 2008, une cargaison de drêche de brasserie est livrée sur l'exploitation d'Yves Guillouet. Drêche mélangée à la ration à partir du 15 août pour alimenter le troupeau. La chute de lait est immédiate et des troubles neurologiques sont constatés. Du 16 au 20 août, tous les animaux meurent les uns après les autres. Certains seront même euthanasiés pour éviter des souffrances inutiles. C'est le début du calvaire pour notre jeune agriculteur, installé alors depuis 3 ans, et qui atteignait sa vitesse de croisière. Il va tenir le cap grâce notamment à la solidarité financière, sous forme d'un prêt de 95 000 euros, du GDS et de l'écoute attentive de son banquier.
Des résidus de batterie de voiture
Un expert est nommé et l'énigme de ce cataclysme est vite identifiée. Soixante-quinze kilos de mine de plomb (résidu de batteries de voitures broyées) seront retrouvés dans les silos. Comment ? Une benne est venue sur le site de GDE, de Rocquancourt (14) charger des déchets industriels, direction l'Allemagne pour livraison puis détour en Belgique pour charger la drêche et enfin, la livrer dans le Calvados. La benne a-t-elle été lavée ? “oui” répond le défenseur du transporteur. “Mais pas suffisamment et à l'eau claire” accuse l'expéditeur. Il semblerait cependant qu'à l'époque, les textes législatifs aient été respectés. La mine de plomb n'était alors pas encore un déchet mais considérée comme un produit.
Des faits reconnus, pas le partage des responsabilités
Lundi à Caen, l'avocat d'Yves Guillouet à réclamé 318 000 € de préjudice et 20 000 € de dommages et intérêts, l'expert ayant estimé le préjudice à 200 000 €.
Le vendeur de drêche, qui n'est pas le fabricant et qui a très vite accordé à Yves Guillouet une avance de 150 000 €, rejette l'entière responsabilité de la faute sur le transporteur. Mais le transporteur, qui a sous-traité le chantier à sa filiale Polonaise, estime que cette responsabilité doit être partagée avec l'expéditeur (le vendeur) à hauteur de 50 %.
Après 7 années de procédure, les faits ne sont pas contestés. Par contre, le montant du préjudice et le partage des responsabilités le sont.
Verdict le 11 mai prochain.