Dominique Guillemine, producteur de lait dans l'Orne
Raisonnablement optimiste sur le court terme
Ça va un peu mieux dans le lait reconnaît Dominique Guillemine. Cependant, la sécheresse 2010 a plombé le résultat de 30 e/1 000 l.

pour l’année.”
Une campagne 2008/2009 avec un prix du lait à 290 e contre 360 e l’année précédente. Calculette en main, Dominique Guillemine, producteur à St-Mars-d’Egrenne, a vite fait ses mauvais comptes. “Un delta de 70 e/1 000 l soit 32 000 e dans la vue. On a démarré la campagne 2009/2010 avec une trésorerie dans les chaussettes”, souligne-t-il. Heureusement, 2009 a été une excellente année à herbe. “On a fait des économies de concentré, ça nous a permis de sauver les meubles”.
La sécheresse 2010 très pénalisante
2010 est tout autre. Le prix du lait est remonté à des niveaux plus satisfaisants avec une moyenne oscillant aux alentours de 330/340 e/1 000 l. Patatras cependant avec une sécheresse qui s’est avérée très pénalisante. Il a fallu réouvrir les silos à la mi juillet. En année normale, c’est début novembre. Les vaches ont manqué d’herbe avec un rendement en recul de 6 t de MS (Matière Sèche) à l’hectare compensé par un rachat de tourteau de colza. Le travail mené par la FDSEA pour faire reconnaître le département en calamité agricole trouve ainsi toute sa légitimité.
Dominique Guillemine reprend sa calculette. Au final, la sècheresse 2010 plombe le résultat de 30 e/1 000 l soit quasiment l’équivalent des 3/4 de la petite embellie sur le prix du lait. Néanmoins, notre éleveur reste “raisonnablement optimiste sur le court terme. Les indicateurs sont au vert pour l’année.”
Un tunnel favorable
L’occasion de revenir sur le combat estival mené par la FNPL (Fédération Nationale des Producteurs de Lait) et auquel il a participé (il était le 12 août dernier à Laval face aux dirigeants Lactalis) contre les industriels laitiers. “L’accord du 18 août 2010 a été un bon accord avec la mise en place du tunnel franco-allemand”. Il avait pourtant à l’époque été fortement décrié. Le prix du lait payé outre Rhin était alors moins élevé qu’en France. “Aujourd’hui, ce sont les Allemands qui nous servent de locomotive. Les industriels ne l’avaient pas vu venir”. Et effectivement, pour le 3ème mois consécutif, le principe d’un accrochage du prix français sur le prix allemand s’avère bénéfique. Un facteur de hausse qui représente 6 e pour mars. Loin de sous-estimer un renversement de tendance, Dominique Guillemine lâche quand même un “merci Henri” (Ndrl : Henri Brichart, président de la FNPL).
Un lâchage politique
Notre éleveur n’est pas tendre par contre vis-à-vis des politiques. “Nos élus ont décidé de nous laisser tomber. Pendant 40 ans, l’Europe a défendu une PAC forte. Aujourd’hui, on nous demande de compenser un tas de défaillances”. Exemple avec la LMA (Loi de Modernisation Agricole) et la contractualisation laitière. “On doit signer le 1er avril alors que, juridiquement, on ne dispose pas des outils. Le ministre nous prend pour des c...” Il ya donc urgence. “Je défends le projet de la FNPL. Il faut regrouper l’offre. Nous sommes à un carrefour. Si nous sommes attentistes, on va laisser le privé dicter sa loi. Si individuellement, vous signez avec Lactalis, vous allez peser quoi ?”, interroge-t-il. Ardent défenseur d’une organisation collective, Dominique Guillemine appelle donc tous les laitiers à se serrer les coudes et faire front commun. Il prône l’offensive et partage le constat de Xavier Beulin, président de la FNSEA. “La France est est en recul sur toutes les filières agricoles notamment vis-à-vis de l’Allemagne. Nous devons redevenir leader. A nous de nous reprendre en main”