Interview Marc François
“Une augmentation pour éviter la casse”
Marc François est producteur de porcs à Isigny-le-Buat dans la Manche et Président de l’Union Normande des Groupements de Porcs. La Normandie compte 800 éleveurs qui subissent la hausse des prix des céréales. La ration constitue 67 % du prix de revient du kilo de porc.

Que signifie la hausse des cours des céréales pour les producteurs de porcs ?
C’est mathématique. Nous sommes passés d’un prix d’aliments de 150 euros par tonne à 220 euros/t entre mi 2006 et septembre 2007. Le prix de revient est donc passé de 1,25 euros le kilo à 1,50 euros. Mais le prix payé au producteur n’excède pas 1,35 euros. Nous perdons actuellement 14 euros par porc vendu.
Combien de temps espérez-vous tenir ?
Cela va dépendre de l’évolution de cet écart. On sent bien qu’il s’accroît. C’est une question de mois. Il faut une augmentation avant la fin de l’année pour éviter la casse au niveau des élevages.
Par quel mécanisme pouvez-vous obtenir cette hausse de prix ?
Le prix du porc est régi par le marché au cadran. Actuellement nous sensibilisons toute la filière. Une juste rémunération permettra d’éviter une diminution de la production dans les semaines à venir. Même si actuellement, nous n’avons pas un rapport de force favorable au niveau de la production, cette crise est liée aux coûts des rations. Contrairement aux années passées, nous ne constatons pas de véritables déséquilibres entre l’offre et la demande.
Concrètement, qu’attend l’Union Normande des Groupements de Porcs ?
La finalité, c’est d’avoir un prix rémunérateur. Si on laisse le marché aller, des producteurs vont disparaître. Nous souhaitons anticiper ces soucis. La hausse du prix évitera une possible chute de la production. Actuellement un prix compris entre 1,55 et 1,60 ne permettrait au producteur que de couvrir les charges. Et la hausse des céréales va se poursuivre au dernier trimestre 2007. Cependant, nous devons être réalistes. Dans les conditions actuelles, 1,50 euro serait déjà une bonne base de discussion.
La filière volaille est parvenue à répercuter au consommateur la hausse du prix des céréales. Pourquoi pas vous ?
La volaille est une production intégrée. Il y a moins de décideurs. Des entreprises d’aval rémunèrent les éleveurs pour faire le travail. Au niveau de la décision du prix de vente de la filière porcine, il y a davantage d’interlocuteurs autour de la table avant la commercialisation.
L’augmentation du prix de vente passera-t-elle par une raréfaction de l’offre et donc une baisse de la production ?
Le risque est là. On essaye donc d’en parler. De provoquer une prise de conscience et de préparer le consommateur à une augmentation. Si nous laissons faire uniquement la loi de l’offre et de la demande, on payera les pots cassés. Tout le monde est concerné : les producteurs puis l’ensemble de la filière. J’insiste : si des élevages disparaissent, c’est l’offre en viande porcine qui se raréfiera. Au final, le consommateur pourrait aussi payer sa viande nettement plus cher ou ne pas être sûr de la provenance et de la qualité de la viande. Avec les importations, une part d’inconnu apparaît. Les grandes surfaces ne pourront plus communiquer de la même manière. C’est une hypothèse que nous devons éviter.
Qualité et prix de revient respectés restent compatibles ?
Oui. Nous l’avons démontré ces dernières années. Nos démarches qualités le prouvent. Mais, nous sentons un dérèglement au niveau du prix des matières premières. Nous avons donc besoin d’une certaine solidarité.