Pascal Ferey, Président de la FRSEA de Basse-Normandie
Une baisse de charges dans toutes les productions
La première des baisses de charges doit être l’année blanche de remboursement d’emprunts, considère le président de la FRSEA qui donne rendez-vous aux agriculteurs le 16 octobre.

La grève du lait entamée le 10 septembre est suspendue jusqu’au 5 octobre. Quelle est votre analyse ?
J’ai vu des producteurs de lait très déterminés. Jeter le fruit de son travail n’est jamais un acte anodin. C’est le symptôme d’un profond malaise dans le monde paysan. Mais je pense que les producteurs qui ont suivi ce mouvement ont de quoi être étonnés. Suspendre une telle action suite à la promesse d’une réunion européenne, le résultat me paraît faible comparé à l’effort des gens qui ont jeté leur lait.
Ce mouvement n’a-t-il pas fait bouger les lignes ?
Le Ministre de l’Agriculture a tenté depuis sa prise de fonction en juillet de construire une majorité pour élaborer de nouveaux outils de régulation. Il a obtenu cette réunion du 5 octobre. J’observe que le memorandum qui a rassemblé cette majorité d’Etats membres ne fait pas mention du maintien des quotas laitiers. Il s’agit d’ouvrir le dossier de l’évolution de l’OCM lait. C’est-à-dire de réfléchir au montant des restitutions destinées à résorber les stocks et à de nouvelles modalités de relations entre les agriculteurs et les transformateurs. C’est un chantier intéressant. Quant à la demande de 400 €/ 1 000 litres, je ne sais pas si elle sera satisfaite. Elle a même disparu des communiqués de l’EMB.
Comment ce mouvement a-t-il été perçu sur le terrain ?
Je déplore la manière dont les choses se sont passées dans certains endroits. Certains producteurs ont été menacés, insultés parce qu’ils refusaient de participer au mouvement. Certains producteurs ont vu leurs collègues d’ensilage refuser d’ensiler chez eux au motif qu’ils continuaient à livrer leur lait. Chacun a le droit de faire ce qu’il veut chez lui. Je ne condamne pas ceux qui ont jeté leur lait. Qu’ils respectent ceux qui ont fait un autre choix. On a vu s’exercer des pressions plus proches de la dictature que du syndicalisme, c’est inacceptable que les producteurs se déchirent entre eux. Et c’est valable vis-à-vis de certains commerçants sommés d’apposer des affiches dans leurs établissements. Que ne dirait-on pas si la FDSEA présentait de telles exigences ! La grève a été suivie par 10 à 11% des producteurs. C’est important. Mais cela ne donne pas tous les droits.
Ces producteurs et leur association ont obtenu une certaine légitimité…
Et pour en faire quoi ? J’ai participé avec eux à une réunion au Conseil Général de la Manche. La seule demande de leurs représentants s’est limitée à la disparition de l’interprofession laitière régionale dont la FRSEA est membre. Voilà de quoi faire avancer le débat !
Cette action a creusé un fossé entre les FDSEA et les producteurs indépendants ?
Indépendants de quoi ? Voyez les communiqués de presse qu’ils ont publiés. Vous y retrouverez la plume de la Coordination Rurale. L’appellation des producteurs indépendants est un faux-nez derrière lequel se cachent l’EMB et la Coordination Rurale. Je sais que ces propos risquent de choquer mais il est temps que chacun sache qui se cache derrière les sigles. La FDSEA est transparente. Qu’en est-il des autres ?
Vous organisez une action syndicale le 16 octobre. Est-ce de la récupération ? Quelle participation attendez-vous ?
Nous n’avons rien à récupérer. Nous disons depuis le mois de juin qu’il faut réduire les charges pour compenser le trop faible prix du lait. C’est pour cela que j’avais reproché aux responsables nationaux de n’avoir pas été assez fermes pour obtenir des pouvoirs publics le différentiel existant entre les 305 euros demandés et les 280 euros obtenus. Mais il n’ya pas que le lait et nous, à la FDSEA, nous nous occupons de toutes les productions et l’on constate qu’elles sont toutes en crise. C’est pour cela que nous demandons des baisses de charges dans toutes les productions. La première de ces baisses de charges doit être l’année blanche de remboursement d’emprunts. Quant à la participation, elle sera le résultat de la mobilisation des agriculteurs. Toutes les productions sont concernées. A chacun de voir si le combat pour la baisse des charges mérite d’être mené ou non. Nous faisons notre travail de défense du revenu de tous les agriculteurs et particulièrement des plus fragiles : les jeunes et ceux qui ont investi pour se mettre aux normes réglementaires. Tous les agriculteurs sont libres d’apporter leur pierre à l’édifice. Pour moi, il n’y pas de mauvais ou de bons agriculteurs. Il n’y a que des agriculteurs qui doivent vivre de leur métier et en être fiers.