On vaccine la plante contre une réelle attaque du mildiou
Entretien avec Frédérique Petiton (responsable cultures) et Marjolaine Carouge (technicienne cultures chez Établissements Duchemin).
Entretien avec Frédérique Petiton (responsable cultures) et Marjolaine Carouge (technicienne cultures chez Établissements Duchemin).
Lundi 27 avril, une nouvelle série d’essais de pommes de terre a été plantée par les Établissements Duchemin, à Tourville-sur-Odon. Les deux responsables de la plateforme cherchent à s’affranchir des traitements chimiques, notamment contre le mildiou, grâce entre autres aux huiles essentielles.
>> En quoi consistent les essais de pommes de terre ?
Nous testons des produits de biocontrôle ainsi que la tolérance de variétés face au mildiou. Ce champignon est le gros point noir de la culture. Il se développe lorsqu’il y a alternance de pluie et de soleil. Il aime aussi la rosée du matin. Le temps normand lui est idéal. Il est détruit grâce à un fongicide, dont on s’affranchit dans les essais. Nous les menons depuis cinq ans. Tous les ans, nous ajoutons des variétés développées par les obtenteurs, dont la société Desmazières basée à Arras qui nous aide dans la mise en place de l’essai. Nous testons les produits de biocontrôle des fournisseurs. Nous affinons d’une année sur l’autre.
>> Comment s’organisent les essais ?
Le premier essai teste les produits : une seule variété de pommes de terre sur laquelle on applique au minimum trois produits à base d’huiles essentielles, de bactéries et de champignons. L’objectif est de booster la pomme de terre, qu’elle s’immunise toute seule. Les produits sont appliqués à trois niveaux. Le premier, composé de bactéries et de champignons, est injecté dans la butte par la planteuse. Le plant est mis en terre et recouvert. Le deuxième produit arrive au stade végétation : il booste les gènes de défenses naturelles de la pomme de terre. C’est l’élicitation, ou le fait d’habituer la plante aux attaques pour qu’elle sache se défendre. On vaccine la plante contre une réelle attaque du mildiou. Le troisième niveau est celui d’apparition des taches. On applique un produit « kar-cher » à base d’huiles essentielles, qui nettoie les spores pour éviter la propagation.
>> Et les autres ?
Le deuxième essai fait varier 46 variétés de pommes de terre, confirmées ou hybrides. Certaines ont vingt-cinq ans quand d’autres datent de 2008. Elles sont toutes résistantes au mildiou. Nous regardons ensuite le rendement, la qualité visuelle car l’objectif reste de les commercialiser. Ici, nous avons la chance de tester la qualité gustative en laboratoire. Le troisième essai, le plus complexe, mélange les produits de biocontrôle et les variétés, sur deux parcelles ayant eu deux couverts végétaux différents : le premier avoine phacélie, le second compte cinq espèces mycorhizées. Les couverts, semés en août, ont été broyés la veille de la plantation.
>> Que visez-vous exactement ?
On cherche à diminuer les passages, à utiliser moins de carburants, à supprimer les produits phytosanitaires. On peut se rapprocher de l’agriculture de conservation, mais à la méthode Duchemin : on pioche les bonnes idées un peu partout. Grâce aux essais, on sélectionne les variétés efficaces, élimine les autres. Nous travaillons avec les obtenteurs : on leur apporte notre expertise terrain et eux leur regard scientifique. En échange, nous sommes prioritaires sur les nouveaux plants. Il faut dix ans, minimum, pour développer une variété. C’est du donnant donnant. Idem avec les produits de biocontrôle. Nous travaillons avec la société Medinbio, basée en Belgique, qui crée et fabrique les produits de stimulation des défenses naturelles. Le consommateur reste cependant l’objectif final, car nous voulons vendre les pommes de terre. Reste à savoir si les clients sont prêts à du moins beau mais plus propre.