Visite du préfet dans le Calvados : la ferme moyenne est aussi dans le rouge
Pour recevoir le préfet, les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA ont choisi une ferme “représentative” du Calvados. Dans la moyenne du département, l’exploitation de Benoît Esnault ne dégage pas une rentabilité suffisante pour payer les factures dans les temps. Au représentant de l’État, le syndicalisme a donc demandé des solutions et pour toutes les formes d’agriculture.

llll À Sainte-Marie-Laumont, la ferme de Benoît Esnault est un exemple choisi par la FDSEA 14 et les Jeunes Agriculteurs. Ici plus de 600 000 litres de lait sont produits avec deux UTH. La situation économique de cette exploitation moyenne se tend. La compétence de l’éleveur n’est pas remise en cause. Les relations de l’agriculteur avec son établissement bancaire restent saines. Mais le banquier ne peut que constater l’érosion de la trésorerie : “nous avons face à nous un exploitant qui a su gagner de l’argent quand ça allait bien. Aujourd’hui, nous faisons un prêt de 15 000 € pour le fonds de roulement. Les fermes fragiles sont déjà passées en cellule d’urgence. Aujourd’hui, nous constatons que des structures bien assises, comme celle de Benoît Esnault, arrivent dans le dur. Un an, ça passe. Mais sans doute pas deux”.
Dettes de l’exploitation en hausse
L’éleveur a rogné ses charges. Il a baissé son prélèvement mensuel de 400 €. Il a également renégocié ses contrats d’assurance : moins de dépenses, mais aussi une moins bonne couverture. Sa dette fournisseur a néanmoins augmenté. La somme des factures à payer de 0 à 40 jours atteint 18 000 €. “Je dors mieux quand je n’ai pas de factures qui dépassent les 30 jours”, raconte Benoît Esnault.
Les conséquences du marché mondial se ressentent dans le bocage virois. Le monde l’élevage est notamment victime de l’embargo russe. “Les agriculteurs paient un lourd tribut géopolitique. Nous subissons une décision de l’État. Il me paraît normal d’être accompagné”, souligne Patrice Lepainteur, président de la FDSEA. De leur côté, les Jeunes Agriculteurs craignent pour le renouvellement des générations. Nicolas Declomensil, leur président, s’inquiète : “quand la conjoncture était porteuse, nous avions une installation pour 3 départs. Je ne crois pas que nous maintiendrons ce ratio”.
Les céréaliers aussi impactés
Si les efforts fiscaux, les baisses de cotisation MSA ou le plan d’urgence permettent de limiter la casse, toutes les agricultures sont aujourd’hui en crise. La réponse de Laurent Fiscus, préfet du Calvados, ne semble pas totalement convaincre les agriculteurs. Surtout lorsque le gouvernement évoque l’objectif de développer les formations. “Je demanderais que les agriculteurs en soient les premiers bénéficiaires. Nous devons connaître vos besoins en termes de renforcement technique ou de diversification comme le tourisme”, indique le représentant de l’État. Ces propos ont légèrement irrité le monde agricole. Patrice Lepainteur s’en fait l’écho. “La profession dispose déjà d’outils nécessaires pour se former. Nous sommes agacés d’entendre des solutions à la marge. Nous ne nous faisons pas comprendre sur les priorités. Vos solutions concernent 10 à 15 % de l’activité agricole. Et n’oublions pas l’activité grandes cultures qui souffre aussi”. Des propos complétés par Nicolas : “Plus de 80 % de l’agriculture départementale demeure conventionnelle. Et aucune production ne permet de revenus décents”.
“Pas de solution à la marge”
Même si Laurent Fiscus convient de ne pas se contenter des sujets “périphériques”, il interpelle les agriculteurs sur leur coût de production. “Dans certaines fermes, cette connaissance n’est pas acquise”, regrette le préfet. Formation ou pas, les chiffres ne mentent pas. Sur le dernier exercice, le produit des fermes laitières de Basse-Normandie a baissé de 4 %. Le prix du lait a lui chuté de 11 %. Le syndicalisme attend donc que l’État joue son rôle de médiateur et apaise les négociations commerciales. Histoire de redonner des couleurs au marché intérieur.