Ça, c’est au moins du « Cash Investigation »
«La France a peur, elle a les pieds dans l’eau», aurait dit en son temps Roger Gicquel. Depuis une dizaine de jours, les médias nous abreuvent d’inondations et de leurs flots d’images catastrophes. On y voit même une journaliste, sac à main en bandoulière et chaussée de bottes d’au moins 7 lieues, braver les interdits de circulation au risque de se faire engloutir dans une bouche d’égout pour tendre son micro à qui veut bien témoigner. Chacun y va de sa complainte et de son commentaire.

On ne peut qu’éprouver de la compassion pour les victimes, plus particulièrement quand il s’agit de personnes âgées désemparées ou d’artisans ayant perdu leur outil de travail.
D’autres propos, à contrario, font bondir. C’est ainsi qu’un soir de la semaine dernière, au JT d’une grande chaine de télévision française, un porte-parole d’une association dont la représentativité ne regarde qu’elle, a mis en cause les agriculteurs. «C’est de la faute de l’agriculture intensive, c’est à cause des pesticides. Ça n’arriverait pas avec le bio». Pan sur votre bec Mesdames et Messieurs. Sauf que, trente secondes auparavant et dans le même reportage, on rappelait que le record de hauteur d’inondation datant du début des années 1900 serait loin d’être battu.
Ça, c’est du « Cash Investigation », de l’info brut de décoffrage, de l’amalgame en veux-tu en voilà...
Mais au début du XXe siècle, à quoi ressemblait l’agriculture intensive ? Quels pesticides utilisait-on ? Ça tombe à pic, la réponse est dans le mensuel Historia de février. En page 20, on apprend qu’à l’époque moderne, on utilisait la «nicotine, insecticide, acaricide et fongicide extrait des feuilles de tabac». Il est spécifié « cancérogène ». Personne n’en doute plus aujourd’hui sauf qu’aucun gouvernement n’a encore osé interdire la fumette.
Ensuite, Historia évoque le glyphosate en le qualifiant de « probablement cancérogène selon le CRC ». La nuance est de taille mais celui-là, le gouvernement veut lui faire la peau. Tout au moins dans l’hexagone. Alors j’attends un prochain numéro de ma revue d’histoire préférée pour m’apporter un éclairage objectif des phénomènes «inondatoires» plutôt que de m’en tenir à des reportages TV à chaud de 3 minutes.
Un ou plutôt 2 regrets cependant quant à l’infographie publiée et signée Hugues Piolet. Tout d’abord, on épand le glyphosate par avion. C’est peut-être vrai aux Amériques mais certainement pas en France et ce numéro d’Historia est bien une version tricolore. Ceux qui ne savent pas pourraient penser à tort qu’on épand dans l’hexagone les pesticides à coups d’ailes volantes.
Ensuite, la rampe du pulvé qui ressemble plus à une goulotte de moissonneuse-batteuse. Une façon machiavélique de conforter l’idée que notre blé est bourré de pesticides ? Je n’ose le croire de la part d’un média dont la rigueur scientifique et l’intégrité vont de pair. Alors allez, vive le média papier...