« Je prépare le Salon aux champs et la Normandie »
Annie Gachelin a 55 ans et plusieurs casquettes : présidente d’une cuma locale dans le Perche, présidente de la Fédération des cuma Basse-Normandie et présidente du Salon aux champs. La cumiste convaincue croit en l’innovation et voit un avenir prospère dans le système de coopération

>> C’est quoi, pour vous, l’esprit cuma ?
La convivialité, le respect, l’entraide. Quand un de nos voisins a été hospitalisé en urgence, nous l’avons remplacé dans ses champs.
Tout le matériel est en commun, alors il n’a pas été difficile d’assumer les divers travaux dans ses parcelles. L’esprit cuma, c’est aussi du relationnel dans le territoire, en l’occurrence le Perche sud. Quand des jeunes s’installent, ils apportent des idées, on innove. La prise de risque est en commun, alors on s’entraîne à avancer pour développer de nouveaux projets. On discute, ça fait du bien. Surtout dans notre secteur qui a été très touché par la crise du lait et des céréales. La cuma est la continuité de l’exploitation, elle évite l’isolement.
>> Comment voyez-vous votre rôle de présidente de la FcumaBN ?
Je le vois comme le chapeau de toutes les cuma. Le président partage encore plus largement les valeurs sociales et de convivialité. Depuis 2011, le nombre de cuma dans le Calvados est passé de 100 à 120. L’Orne et la Manche sont davantage des territoires d’élevage, les cuma sont mieux implantées. Nous commencons à voir des céréaliers qui entrent dans le jeu. Mais il y a encore du travail, trop de gens investissent tout seul. La cuma, ce n’est pas que le matériel. Mon rôle, c’est aussi d’être au dernier cri de l’innovation, d’apporter des solutions, d’offrir un service de plus en plus spécialisé et performant.
J’ai pour ambition d’être à l’écoute, de recenser les demandes grâce à des animateurs sur le terrain. Quand je recrute les animateurs terrains, je les veux spécialisés. Depuis 2011, le budget est passé de 800 000 euros à un million et le nombre de salariés de 12 à 15. Preuve d’une belle dynamique
>> Quel est votre meilleur souvenir en tant que présidente ?
Avoir réussi à faire passer des motions en Assemblée Générale sur la formation et sur l’importance de la haie sur le territoire. Nous avons une belle équipe, qui s’entend bien. Le bureau est actif, il y a du débat.
>> Et le pire ?
Quand la Haute et la Basse-Normandie ont fusionné, tout le monde voulait aller très vite, sans perdre de temps. J’ai refusé car il fallait encore travailler sur des dossiers. J’ai frustré des gens. Je n’aime pas me retrouver dans une situation où je n’ai pas le temps de prendre mes décisions.
>> Comment voyez-vous l’évolution des cuma normandes dans les dix prochaines années ?
Je pense qu’il faut aller vers de la prestation de service, proposer des chantiers complets. Par exemple, sur un chantier d’herbe, la cuma devra proposer le fauchage, le fanage, l’andainage et le pressage. Avec chauffeur(s). L’exploitant viendra de moins en moins dans son champ : les jeunes en sont demandeurs car ils accordent de l’importance aux loisirs, ils veulent se dégager du temps.
>> Vous êtes aussi présidente du Salon aux champs, vous arrivez à tout gérer ?
La présidence de la FcumaBN me prend quatre mois par an. Nous avons embauché un salarié sur la ferme pour me remplacer quand je ne suis pas disponible. J’ai pris un peu de retard dans mes dossiers personnels, mais le salon est quasiment bouclé.
>> Et en tant que femme ?
Quand je suis arrivée administratrice à la fédération de l’Orne, j’avoue que j’ai été testée. On me déléguait les trucs féminins, on questionnait mes connaissances. J’ai refusé la création d’un groupe féminin. Je n’aime pas être imagée. Et une femme peut donner une autre façon de voir les choses.
>> Qu’apportez-vous de nouveau au Salon aux champs ?
Avant d’être présidente, j’étais en binôme responsable du pole territoire. Avant 2011, un prestataire se chargeait de la restauration du visiteur. Nous nous sommes battus pour que les associations d’agriculteurs assurent la restauration du salon. Un salon agricole doit mettre en valeur ses produits du terroir. Cette année, c’est une association de Haute-Normandie, Locale et facile, qui s’en charge. C’est la première fois qu’un responsable de pôle est hors réseau cuma : le pôle fourrages et animaux est sous la responsabilité d’un administratif de Littoral Normand. On a aussi débloqué une enveloppe afin de louer des bus et des minibus pour faire venir les autres régions. On espère voir les Hauts-de-France et l’Aquitaine…
>> Vous êtes sereine sur l’organisation ?
Oui, c’est exceptionnel quand je suis angoissée. J’aime ça car c’est innovant, on rencontre de nouvelles personnes. J’ai aussi découvert le Pays d’Auge. Je me souviens qu’en 2013, il n’y avait pas assez de nourriture. C’était l’horreur, mais ça fait partie des responsabilités. Cette année, on innove en organisant un barbecue le mercredi soir où tout le monde est invité. C’est une façon de finir le salon dans la bonne humeur.
>> Qu’est-ce qui est important pour cette 20e édition ?
Deux thèmes me tiennent à cœur. Le premier, agriculture et innovation, où les débats, les retours d’expériences et les démonstrations auront une place importante. Le second : l’auto-alimentation. Grâce au partenariat Luz’co, des agriculteurs cultivent de la luzerne depuis deux ans, pour montrer la coopération entre éleveurs et céréaliers. La coopération va beaucoup plus loin que les machines.