Economie
Régulation des marchés : toujours nécessaire
Les hausses et baisses successives des prix agricoles remettent au cœur du débat la nécessité de les réguler.

L’équilibre entre l’offre et la demande est difficile à obtenir pour les produits agricoles. Cette instabilité est une donnée permanente et intrinsèque des marchés agricoles, observée sur le long terme à de nombreuses reprises.A court terme, l’offre agricole est rigide. Le volume produit dépend d’aléas climatiques ou sanitaires qui influencent les rendements. La longueur des cycles de production, le contexte pédoclimatique ou encore la fixité des facteurs de production (foncier peu extensible, travail agricole peu mobile, capitaux spécifiques) limitent les réorientations de productions rapides en fonction des cours. La production agricole est par nature fluctuante en quantité et en qualité, difficilement maîtrisable et peu prévisible. Elle peut difficilement varier à court terme en fonction du niveau des prix. La demande globale en produits agricoles et agroalimentaires est peu élastique en volume. Les quantités alimentaires achetées par les ménages varient peu quel que soit le prix. Au-delà d’un certain seuil de satisfaction minimale des besoins, baisser les prix ou augmenter les revenus des consommateurs ne modifie pas la demande.La mauvaise transmission des prix le long de la chaîne alimentaire semble également être responsable de la non élasticité de la demande. Industriels et distributeurs tendent à prendre une forme d’assurance sur la fluctuation des prix agricoles en répercutant davantage les hausses que les baisses. Cette rigidité à la baisse est d’autant plus forte que les produits sont élaborés.
De nouveaux facteurs de l’instabilité des marchés agricoles
Instabilité des taux de change, réchauffement climatique (accroissement de la variabilité de la production), hausse des prix de l’énergie (qui renforce les coût de production) sont autant de facteurs de tension sur les prix agricoles, externes au système alimentaire .L’instabilité des prix, renforcée actuellement semble aussi liée à de nouvelles dynamiques de marché qui entraînent des pressions plus fortes de la demande et une plus grande interférence avec le marché financier. A l’intérieur du système alimentaire lui-même, l’augmentation permanente de la demande mondiale (augmentation de la population, croissance du pouvoir d’achat et modification des habitudes alimentaires) associée à l’accroissement des débouchés non alimentaires (cultures énergétiques et alimentation animale) exercent une pression constante sur les prix des produits agricoles. Côté offre, l’intégration croissante des préoccupations environnementales par les agriculteurs amène à utiliser de nouvelles pratiques moins sécurisées et pourrait conduire à un ralentissement dans l’évolution des rendements. Enfin, la jonction entre les marchés financiers et les marchés des matières premières, alors que les produits agricoles n’y occupent qu’une place marginale et que les acteurs financiers détiennent une position plus importante que les acteurs commerciaux, pourrait également amplifier la volatilité des prix.En conséquence, l’exposition des agricultures à ces risques de marché augmentera. Les revenus agricoles sont d’autant plus exposés qu’ils sont soumis à une double volatilité : celle des produits et celle des intrants. Les à-coups de marchés sur les produits agricoles se répercutent à retardement sur les intrants (ou font partie de mouvements sur les matières premières qui les affectent tous les deux), créant des phénomènes de ciseaux de prix comme en 2009.
3 raisons pour réguler les marchés agricoles
L’agriculture n’est donc pas un secteur “comme les autres”. Elle satisfait des besoins essentiels, ce qui explique que la demande de produits agricoles soit peu sensible aux prix. Le marché constitue en conséquence un très mauvais régulateur de la production et les indicateurs d’instabilité des prix sont croissants.Face à ces incertitudes croissantes, de nouveaux mécanismes de régulation sont attendus pour trois raisons majeures.En premier lieu, l’agriculture a besoin de lisibilité à long terme pour assurer sa fonction de production. Les agriculteurs recherchent un revenu stable et satisfaisant, leur permettant de vivre et de raisonner à long terme le développement de leur exploitation alors qu’ils travaillent sous l’emprise d’une double incertitude sur les quantités réellement récoltées et commercialisées et sur le prix de vente de ces produits.L’agriculture doit ensuite pouvoir répondre à la demande de sécurité alimentaire des consommateurs. Pour assurer une protection des consommateurs, les pouvoirs publics doivent veiller à ce que tous les acteurs des filières agroalimentaires (producteurs, transformateurs, distributeurs) respectent les normes publiques imposées. Enfin, l’agriculture fournit des biens non marchands utiles à la société. L’intervention publique en agriculture se justifie aussi par le caractère multifonctionnel de cette activité. L’agriculture assure des services à la collectivité qui ne sont pas rétribués explicitement. Le rôle joué par l’agriculture dans l’aménagement du territoire et dans les équilibres environnementaux demeure toujours aussi important.