Sanitaire
Du contrôle à l’achat au contrôle avant-vente
« Il faut transformer le contrôle à l’achat en contrôle avant-vente. S’il y a une maladie, au moins qu’elle reste sur place ». Hervé Marie, président du GDS Manche, souhaite que la règlementation évolue dans ce sens.
« Il faut transformer le contrôle à l’achat en contrôle avant-vente. S’il y a une maladie, au moins qu’elle reste sur place ». Hervé Marie, président du GDS Manche, souhaite que la règlementation évolue dans ce sens.

C’est dans le strict respect des règles sanitaires de prévention de la Covid-19 que s’est déroulée, vendredi dernier à Carentan, l’assemblée générale du GDS de la Manche. Une discipline que n’a pas manqué de souligner Gérard Gavory, préfet de la Manche, venu clore les débats.
Toiletter la règlementation
Dans ce contexte sanitaire particulier, Hervé Marie n’a pas manqué l’occasion d’établir quelques parallèles pour pousser une règlementation parfois inadaptée dans ses contradictions. « A propos de la Covid et de la gestion des entrées sur le territoire par l’intermédiaire des aéroports, Monsieur le Premier Ministre dit : « il faut tester toutes les entrées. Le mieux serait de les tester avant qu’ils prennent l’avion ». Chiche Monsieur le Premier Ministre, vous avez raison. Pour nous, en élevage, la règle est de faire des contrôles sanitaires à l’introduction (à l’achat) dans les cheptels. Aujourd’hui, nous demandons de les transformer en contrôle avant-vente. Autant laisser la maladie là où elle est si elle existe », a proposé le président du GDS dans son rapport moral et d’orientation.
Cette mesure aurait peut-être pu éviter au département l’enregistrement d’un foyer de tuberculose bovine importé du Calvados même s’il ne s’agissait, en l’occurrence, non pas d’une vente mais d’une pension d’animaux. « Le sanitaire n’est pas un luxe. C’est un devoir impérieux qui nous rappelle qu’en termes de santé, s’il n’est pas la règle, la nature reprend ses droits et la vraie nature, c’est la loi du plus fort ».
Le soutien du Conseil départemental
Dans cette quête sanitaire, le GDS de la Manche n’est pas seul. « Un merci spécial au Conseil départemental dans un contexte de restrictions budgétaires ", a surligné Hervé Marie. Une attention particulière est portée aux jeunes agriculteurs.
Ils sont 26 à avoir souscrit une convention de soins avec leur vétérinaire. Elle est soutenue à hauteur de 500 e/an sur 3 ans par le Département.
Satisfecit d’un côté mais mécontentement de l’autre. Michel Duquesne, président de la section ovine/caprine du GDS, a exprimé sa colère sur le dossier « abattoirs » dans le département avec la fermeture de Cherbourg et les déboires de St-Hilaire-du-Harcouët. Des délais d’abattage trop longs, un agneau qui a perdu 2 e/kg de carcasse, une filière AOP qui ne dispose plus d’outil aval (...), « il y a un risque d’arrêt de production doublé d’abattages clandestins », a-t-il prévenu.
Hervé Marie s'est voulu plus rassurant sur le dossier : « des bonnes volontés sont en train de se mettre en place et on aura toujours besoin d’élevages demain, ne serait-ce que pour entretenir le territoire ». Réponse également de Jean-Claude Colombel (président de la communauté de communes de la Baie du Cotentin) qui évoque l'ouverture de l'abattoir de Carentan au printemps prochain.
Communication de proximité
Et pour finir dans le positif, c'est à Olivier Mevel (consultant) qu'est revenue la mission de lancer le débat sur la communication " positive sur l'élevage dans un contexte de transition alimentaire ". Et d'évoquer d'entrée de jeu « L'aile ou la cuisse. Un film de Claude Zidi datant de 1976 (Ndlr : avec Louis de Funès et Coluche) en avance sur son temps mais qui est d'une actualité incroyable aujourd'hui ». Une manière originale d'évoquer la « théorie du complot " avec d'un côté la vilaine industrie agroalimentaire face à une filière bio qui " était au départ un projet pour l’environnement devenu peu à peu et en partie un projet pour soi. "
Depuis 1976, beaucoup d'eau est passée sous les ponts et les deux mondes se sont rapprochés mais la nature a horreur du vide. C'est désormais l'anti-spécisme qui s'invite dans les médias. " Une idéologie politique de combat social avec tous ces milliards qui épousent sa cause... Des gens formés » et utilisant une sémantique calculée et assumée : " camions de déportation, camps de la mort, vie de torture, robinet de sang ".
L'anti-spécisme veut la confrontation avec la filière viande assure Olivier Mevel et d'inviter cette filière " à entrer en résistance et vite " mais certainement pas de manière frontale parce que pour communiquer, il faut être deux. Et ça tombe bien. Toute une frange de la population attend cette communication. " Il n'y a que les éleveurs qui puissent communiquer avec les consommateurs. Il n'y a que les agriculteurs pour lever le doute de la qualité de l'alimentation qu'ils produisent. Chaque région doit avoir son projet de communication vis-à-vis du consommateur citoyen", préconise-t-il.
A y regarder de plus près, la profession n’a pas attendu pour raccourcir les circuits, y compris de communication. L’opération « Fermes ouvertes », par exemple, fête ses trente années. Encore faut-il y prêter une oreille attentive.
Et Olivier Mevel de conclure : « la communication doit se concevoir dans la fin d’un système agricole à bout de souffle ».
A bout de souffle ? « Nous avons baissé de 37 % l’utilisation des antibiotiques dont 80 % d’antibiotiques critiques utilisés par les humains. Nous n’avons, en France, pas de problème d’antibio résistance. Manger français, c’est manger santé », dixit Hervé Marie. Le président du GDS n’est pas à bout de souffle. L’agriculture dite conventionnelle non plus semble-t-il.