Carburants en Manche
Situation difficile en milieu rural
Quinze jours de rationnement et la Manche, tout comme l’ensemble de la Basse-Normandie, souffre. Du côté de la FDSEA, on s'inquiète pour la collecte de lait et l'approvisionnement en aliments du bétail. "Si les cuves d'entreprises ne sont pas remplies, la collecte risque d'être compromise en fin de semaine". Petite visite à une station-service située en milieu rural, dans l'Avranchin dimanche dernier.

6 h 30, dimanche. Le jour mettra encore une heure pour apparaître. Dans les flaques de pluie de la station, des auréoles graisseuses de mètre en mètre. D’habitude, les premiers ambulanciers sont là, prêts à assurer leur service de jour et donc à remplir leur réservoir. Ils côtoient en général des routiers français, belges, espagnols. Dimanche dernier, rien, pas même la lumière de l’enseigne indiquant, d’habitude, « ouvert 7 jour sur 7 « . Un coup de frein brutal sur le goudron de la route. Pas de doute, un égaré à la recherche d’une denrée rare, du gaz-oil pour son 4X4. La voiture redémarre en trombe ; le conducteur a vu les pompes éteintes et le panneau « vide ». Seul le petit bar, bien connu des habitués de l’axe Avranches-Granville, est éclairé, comme un phare dans la nuit. Quelques rescapés des boîtes de nuit locales s’arrêtent. « Un café, un grand s’il vous plaît » lance un jeune homme aux yeux cernés. « Au fait, du gaz-oil, vous en avez bien encore un peu ? » La patronne, Odile Cahu, la cinquantaine, secoue la tête, désolée, « on aura peut-être un camion demain, mais on est sûr de rien ».
Le ravitaillement en fioul domestique et carburants voitures ne passera donc au mieux que demain. Il est vrai qu’à la radio, les autorités ont annoncé un ravitaillement prioritaires des stations d’autoroutes. Au journal du matin, la carte des sept départements en difficulté. La Manche n’y est pas, le Calvados oui. Mais faut-il se fier à cette carte ? Un homme explique, « cela fait huit stations et je ne trouve rien ». Odile Cahu de son côté souligne, « en général, il me faut un camion par jour, sauf le jeudi, toujours à cause des livraisons de fioul en campagne ». 10 heures, quelques voitures sont sur le parking mixte bar/station. La conversation, une fois de plus, roule, si on peut dire, sur les grèves. « Et dire que même si les dépôts sont débloqués, les stocks de raffinerie acheminés, on aura quand même encore des problèmes. Si les grévistes ne veulent pas reprendre, qui c’est qui va le raffiner le pétrole brut ? » Du côté des agriculteurs, on prend son mal en patience, les ensilages sont bien finis, mais la période des blés d’hiver est là…
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